Alain Pavé
Alain Pavé

Bienvenue sur le site de Alain Pavé

Modifié le 9 août 2016 - contact : alain.pave@univ-lyon1.fr
Martin Heidegger (1889-1976)

Heidegger et le nazisme

 

L’été est parfois propice à la réflexion. Par « accident » je me suis intéressé à cette question : Heidegger était-il nazi ? Comme ce philosophe a eu beaucoup de succès, notamment en France, on comprend que cette question n’est pas anodine. Voici quelques références et commentaires :

 

http://antoinespire.com/HEIDEGGER-ET-LE-NAZISME-JUIN-2014

 

J’avais de temps en temps entendu parler du philosophe allemand Heidegger et de sa position contestée pendant l’époque nazie. Ce personnage et son œuvre semblent avoir fasciné une partie des philosophes français. C’est encore largement le cas. Son élève Hannah Arendt, s’en est éloigné, mais l’a défendu ensuite. 

 

La publication de ses « Cahiers Noirs », en 2014, rédigés jusqu’à la fin de sa vie en 1976, montre qu’il a gardé une position idéologique antisémique et proche du nazisme. D’aucuns le considèrent comme le plus grand philosophe du XXe siècle. Pour un béotien comme moi, l’émission réalisée par Antoine Spire donne un précieux éclairage. J’avais déjà visionné une autre émission sur LCP, il y a quelques années sur le sujet (en 2007). Le défenseur de Heidegger: François Feydier, son accusateur : Emmanuel Faye. 

http://replay.publicsenat.fr/vod/bibliotheque-medicis/edouard-husson,pascal-david,emmanuel-faye,francois-fedier,emmanuel-kessler/54395

Au cours de cette émission et entre autres, François Feydier nie l’existence des Cahiers noirs, hélas ils sont maintenant publiés… 

 

La défense, parfois pathétique, de Heidegger ne m’avait guère convaincue. La publication postérieure des « Cahiers noirs » semble donner raison à Emmanuel Faye. Cela étant, ce qui m’étonne c’est la complaisance d’une partie importante de la philosophie française en la matière au point qu’un site de Paris-4 est consacré à ce débat, plutôt favorable à Heidegger.

http://paris4philo.over-blog.org/article-10751681.html

 

Après quelques lectures et discussion, j’en arrive à l’opinion actuelle (révisable) :

  • Oui Heidegger a été nazi, jusqu’à le fin de sa vie et ses « Cahiers noirs » sont sans équivoque.
  • Son œuvre initiale présentée comme fondatrice de l’existentialisme a été importante, mais reste difficile à lire, donc à comprendre, pour un non spécialiste (j’ai tenté de lire quelques pages de « L’être et le temps », dans une traduction française, et ses réflexions sur la technologie, intéressante en ce qu’elles sentent le soufre). 
  • Si je compare avec quelques autres très grands philosophes auquel j’ai consacré du temps, par exemple Kant ou Spinoza et même Sartre qui se place dans une certaine continuité avec « L’être et le néant », il me semble qu’on est loin du compte…
  • Pourquoi cette fascination (mot rejeté par François Feydier) pour cet auteur, à part la nécessité de ne pas l’ignorer, j’y vois au moins une explication : certains de nos grands philosophes (et je souscris volontiers à les qualifier de grands), ont pu avoir des positions politiques pour le moins contestables. Excuser Heidegger, ne serait-ce pas les excuser eux-mêmes ? On est grand philosophe, on peut donc se permettre quelques libéralités… Je pensais que la philosophie était l’antichambre de la sagesse, ce que pourrait faire penser la simple étymologie du mot. Est-ce bien vrai ? La passion ne l’emporte-t-elle pas parfois sur la raison ?
  • Très généralement, on peut regretter que la philosophie se soit détachée de la science. Même si certains philosophes en parlent, ils n'intègrent que peu les résultats scientifique. Ainsi et sous réserve d'inventaire, il semble que dans "L'être et le temps", la vision scientifique du temps et ce qui va avec (la notion de "système dynamique") sont singulièrement absentes. Peut-être que les concepts d'être, d'étant et d'existant (Dasein), pourraient être éclairés. Il n'en demeure pas moins que ces concepts ont permis de construire une vision raciste de la société...

 

On voit que des débats aussi profonds et graves, ainsi que les mécanismes sous-jacents peuvent nous éclairer sur d’autres très actuels.

Je me garde quand même de conclure, mais je me suis fait une opinion, sur Heidegger bien sûr, mais aussi sur ses admirateurs et sur certains aspects de la philosophie actuelle. Devinez laquelle ?

 

 

 

----------------------

 

De l’origine des variations chez les êtres vivants : roulettes biologiques et écologiques

 

Nous savons que la variabilité caractérise le vivant. L’une de ses traductions est la diversité, notamment des formes, mais de presque la totalité des entités biologiques. Elle a constitué l’une des difficultés d’étude pour les biologistes : comment identifier des invariants permettant de définir des catégories, par exemple des espèces ? Comment caractériser une mesure qui varie d’un individu à l’autre et parfois d’un instant à l’autre pour le même individu ? Cette variabilité n’est-elle pas une part essentielle du vivant ? Par exemple, on sait qu’elle est nécessaire à l’évolution, elle est à la source de la diversité biologique. Inversement, une trop grande variabilité ne serait-elle pas néfaste, par exemple en engendrant des organismes portant des mutations létales, ou en perturbant gravement le métabolisme ?

 

Une part importante du travail du biométricien, comme moi, consiste à décrire cette variabilité, à l’étudier, à la caractériser, à identifier ses conséquences, à interpréter son rôle et… à faire avec, par exemple en proposant une notion d’incertitude la prenant en compte, à savoir faire la part entre ce qui est dû à la mesure, à l’observation et celle qui est propre aux phénomènes étudiés, puis à mettre au point des méthodes permettant d’en traiter. Il s’agit aussi d’aller plus loin en la décomposant et de mettre en relation cette décomposition avec des facteurs qu’on pense être explicatifs. Tout cela posé, il reste une question, peut-être la plus importante : d’où vient-elle ? Au-delà du terme magique de hasard : quels sont les processus qui l’engendrent, s’il y en a ?

 

J’en ai discuté et disserté, en entrant dans certains détails, d’autres, comme Jacques Monod, ont eu une approche plus profonde. Il est bien établi que la variabilité et le hasard sous-jacent sont présents à tous les niveaux d’organisation du vivant et même dans nos organisations sociales et économiques. Rechercher les processus générateurs de hasard, et ceux qui régulent son expression, n’est pas facile, et la motivation manque parfois : après tout, est-ce si important ? 

 

Par exemple, dans les années 1980, plusieurs auteurs ont essayé de trouver l’une des expressions du hasard, ce qu’on appelle le chaos déterministe, dans des systèmes chimiques, en pensant que c’était une étape pour le rechercher dans les systèmes biologiques, ils n’ont guère été suivis et peu soutenus. 

On peut se  référer à cette publication :

Christian Vidal. Un exemple de chaos déterministe en chimie. Annales des Télécommunications, 1987, Volume 42, 5, pp 334-338.

 

En effet, ce n’est pas ce qu’on attend de la chimie, à savoir des nouvelles molécules… certes utiles et permettant aussi de développer notre industrie, de fournir des emplois et d’enrichir certains actionnaires. Or il est par exemple possible que comprendre certains processus de diversification cellulaire permettant d’avoir une « théorie » du cancer, mais dans l’immédiat, c’est moins rentable et moins immédiatement intéressant que de trouver de nouveaux anticancéreux, de les produire, de les vendre et de les utiliser. C’est vrai aussi pour la compréhension des résistances aux antibiotiques. En fait, les problèmes sont très voisins et relèvent d’une approche évolutive, certains la qualifient de darwinienne où ce qui produit des variations devient très important. Cependant, il ne faut pas imaginer qu’il y ait un complot, les freins sont aussi dans nos têtes, à titre individuel et collectif. Je peux en témoigner, partir à la recherche du hasard après m’être convaincu que c’était important, n’a pas été facile : dans ma pratique de biométricien et surtout dans la variante « modélisateur », j’ai passé beaucoup de temps à développer des méthodes pour traiter de ses effets et non pas du hasard lui-même, de la source d’une variabilité qui me gênait, et cela a plutôt bien marché. Alors pourquoi me casser la tête ? Deux événements m’y ont contraint ou plutôt m’ont motivé : d’une part l’étude des processus évolutifs en faisant la part des nécessaires variations et des contraintes sélectives, et, d’autre part de tenter de comprendre comment fonctionnent les grandes forêts naturelles, notamment la forêt amazonienne, comment sa biodiversité y émerge et s‘y maintient. Très généralement, je suis persuadé, avec ma culture initiale d’ingénieur, que je n’ai jamais renié, que l’on pratique d’autant mieux une telle profession, si l’on imagine des technologies, des techniques et des modes de gestion, en s’appuyant sur des connaissances fondamentales solides, et s’il le faut les remettre en cause et en acquérir de complémentaires. C’est ce qui est arrivé. Ainsi le concept d’équilibre hérité de la pratique  de laboratoire doit être remis en cause si l’on observe des systèmes naturels, notamment des écosystèmes.

 

Le paradigme des systèmes dynamiques

Une exploration du monde vivant permet d’identifier ce qui varie et ce qui ne varie pas, du niveau moléculaire à l’écosystème. Ensuite, il a faut imaginer ce qui peut engendrer de l’aléatoire, des espèces de roulettes biologiques et écologiques. Cette réflexion peut être inspirée des travaux des mathématiciens et des physiciens. Cela donne la progression suivante :

    

(1) D’un côté, celui des systèmes dynamiques :

-    On part du constat que la plupart des modèles de systèmes biologiques s’expriment sous la forme d’équations différentielles ou récurrentes non-linéaires. Souvent ces modèles représentent des variations dans l’espace et dans le temps, en correspondance avec des observations et des mesures sur ces systèmes.

-    On sait, par ailleurs, que des modèles de cette nature ont des solutions « sensibles aux conditions initiales » (plus généralement à des perturbations très faibles) et sont de type chaotique, au sens où leurs représentations géométriques sont complexes, souvent erratiques.

-    Admettons que le chaos est une forme de hasard et bien qu’on sache que le hasard peut résulter d’autres processus, il faut bien commencer par quelque chose, on peut raisonnablement s’en tenir là pour l’instant.

-    Des modèles « simples » connus peuvent servir de base de réflexion. Ce sont des sortes de modèles « jouets » qu’on peut manipuler. En ce qui me concerne, l’un de mes plus familiers est le modèle logistique en temps discret déjà évoqué.

 

(2) D’un autre côté, le calcul des probabilités et la statistique avec lesquels on traite efficacement du hasard, ce sont des domaine familiers au biométricien.

 

(3) En fait, n’y aurait-il pas des liens, et même des parentés, entre théorie des systèmes dynamiques et probabilités ? Alors on aurait une théorie générale du hasard et donc de la variabilité, théorie aussi opérationnelle.

 

N’étant pas suffisamment compétent en mathématiques pour envisager ces divers problèmes et les traiter, il m’est néanmoins possible de comprendre, au moins en partie, ce que disent les collègues mathématiciens et en profiter. Grâce à eux, j’ai bien avancé tout en soulignant que seuls quelques aspects du monde vivant ont été abordés, notamment ceux en relation avec la question générale de la biodiversité. Il est vrai aussi que l’accent a été mis sur ce qui produit du hasard, du chaos, et ce qu’il produit, notamment de cette diversité. Cela n’exclut pas les invariants, mais beaucoup d’efforts y ont déjà été consacrés. Bien qu’ici on parle surtout des variants, il n’est pas hors de propos de tenter de comprendre aussi l’émergence d’invariances dans ce « bruit de fond » : des régulations en sont-elles à l’origine ?

Le monde n’est pas évidemment pas réductible au chaos, même si l’on peut penser que tout ce qui interagit a tendance à mener à de telles dynamiques. En effet, pour que des entités se constituent et fonctionnent, il faut aussi des régulations, comme nous l‘avons déjà noté. Selon la situation, il faut plus ou moins de l’un et de l’autre. Ainsi, nous avons montré qu’une forêt trop structurée est fragile, il faut donc une part d’aléatoire, de désordre. Cette part résulte d’un brassage des « cartes », en l’occurrence des graines, grâce aux turbulences dans le milieu et aux animaux. Une distribution idéalement aléatoire conduit à une structure symétrique : d’où que l’on regarde la forêt, on observe la même chose. Cependant, les conditions hétérogènes de milieu brisent cette « symétrie » et font apparaître des structures, mais en général ces structures sont faibles comme le montrent les statistiques spatiales. Le subtil partage entre régulations spontanées dues aux contraintes de milieu et de voisinage, et un brassage aléatoire explique bien les structures et les dynamiques observées. Somme toute, ce n’est pas très compliqué. Pour comprendre le fonctionnement global, point n’est besoin d’entrer dans d’infinis détails dans lesquels les naturalistes se perdent souvent.

De même, nous avons vu que sans hasard pas d’évolution possible, a contrario les nécessités fonctionnelles imposent des régulations. Ces régulations sont apparues spontanément, comme les processus engendrant du hasard. Ont été sélectionnées celles et ceux qui assurent la survie et qui donnent certains avantages, à titre individuel et collectif. Ce qui est vrai pour la grande évolution, l’est aussi pour la micro-évolution, celle qui conduit à des proliférations pathologiques et qui fait émerger des résistances. Là on peut essayer de limiter ces processus en jouant sur a diversification et la régulation de cette diversification. L’étude du système SOS est plein d’enseignements, comme les travaux sur l’épigénétique.

Ces observations peuvent nous renseigner sur la conception, la modification et plus généralement sur la gestion, voire l’ingénierie, des systèmes vivants. Par exemple, la biologie synthétique est en plein développement. On y met beaucoup de régulations a priori, or il est souhaitable de ne pas oublier la production d’aléas, mais aussi son contrôle. Il faut éviter l’image de la machine vivante, ou du moins l’adapter en y intégrant des roulettes biologiques, des « rouages » en faisant fonction, sinon, il y a de fortes chances que ça ne marche pas et en tout cas les organismes ainsi fabriqués n’auront pas cette propriété fondamentale du monde vivant, la capacité d’évoluer, de s’adapter, et ainsi de n’être viable que sur le court terme. En revanche, si l’on souhaite de systèmes « fragiles », par exemple pour éviter des proliférations incontrôlées, il faut limiter les possibilités de variations et donc d’évolution spontanée.

Nous ne pouvons pas tout exposer, aussi nous allons nous concentrer sur la génération du hasard, que ce soit pour mieux comprendre ou pour mieux en contrôler son rôle et ses effets

 

Les roulettes biologiques et écologiques et autres « jeux de hasard » du vivant

 

Précisons d’abord que l’expression « ecological roulette » a été utilisée par d’autres auteurs, mais dans un contexte plus limité, ainsi Carlton et Geller (1993) parlent de roulette écologique à propos du transport d’espèces marines, potentiellement invasives.

Carlton J.T., Geller J.B. Ecological roulette: the global transport of non indogenous marine organisms. Science, 1993, 261, 78-82.

 

On a déjà évoqué les origines possibles, internes ou externes, du hasard et de processus susceptibles de l’engendrer, du hasard intrinsèque et insécable du niveau quantique, jusqu’aux rencontres de chaînes causales indépendantes (hasard de Cournot). Parmi ces processus, ceux qui pourraient être d’origine « mécanique » ou du moins où le paradigme mécanique est acceptable, nous intéressent particulièrement : mécanique au sens strict de la physique classique mais, plus généralement de ceux qui peuvent être représentés par des équations différentielles ou récurrentes et qui pourraient constituer ces roulettes biologiques génératrices de hasard : cinétique chimique ou biochimique, processus cellulaires, dynamique des populations, dynamique des fluides, etc. Dans ce cas et dans la continuation de ce que nous venons d’exposer, on peut s’appuyer sur les travaux des mathématiciens et des physiciens qui ont beaucoup œuvré et réfléchi sur des modèles de systèmes réels, plus ou moins complexes ou simplifiés, voire sur des équations arbitraires mais pouvant donner des idées sur les origines de comportements observés. C’est un peu ce que nous avons fait avec le modèle logistique en temps discret. Soulignons au passage l’efficacité du langage et des concepts mathématiques pour discuter des « systèmes dynamiques », même sans écrire d’équations.

 

Déjà une constatation, si nous ne pouvons pas prévoir exactement la valeur d’une variable chaotique après un temps plus ou moins long, on peut néanmoins donner quelques informations, par exemple sur la valeur moyenne de cette variable sur un grand intervalle de temps, comme c’est le cas pour le nombre d’occurrences approximatif du résultat « pile » (ou « face ») après un grand nombre de lancers d’une pièce de monnaie. On peut même dire que plus ce nombre est grand plus on va s’approcher de N/2, si N est le nombre de lancers. Si je fais un seul lancer, je ne peux pas prévoir le résultat, mais je peux dire qu’il sera soit pile, soit face. Continuons à analyser cet exemple que nous avons tous vu ou utilisé dans nos cours de probabilités. Tout d’abord, idéalisons la situation en omettant le cas où la pièce s’immobilise sur la tranche, car dans la pratique ce cas ne se présente « presque jamais ». Il n’empêche que dans un groupe d’étudiants et parfois de collègues, il y a « presque toujours » un rigolo ou une rigolote qui fait la remarque.

 

À partir de cet exemple, on va introduire la notion de probabilité en passant sous silence le fait que l’on est en présence d’un système mécanique, qui pourrait être modélisé par un système différentiel en utilisant les « lois » de la mécanique « classique ». C’est d’ailleurs ce qui a été fait récemment par l’équipe de J. Strzałko . Bien entendu le modèle est complexe et il est peu raisonnable de le développer pour les étudiants auxquels nous exposons les bases du calcul des probabilités. On peut admirer les inventeurs de cette théorie, notamment Pascal et Fermat, à l’époque il était impossible d’écrire les équations, les bases théoriques nécessaires n’existaient tout simplement pas encore. Ils ont proposé une solution élégante et simple en inventant le calcul des probabilités pour faire avec ces situations complexes.

 

Cela étant, nous devinons déjà les relations qui peuvent exister entre théorie des probabilités et théorie des systèmes dynamiques. Dans l’introduction de son ouvrage sur le calcul des probabilités, Henri Poincaré fait la remarque suivante : « Il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux ; une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les derniers. La prédiction devient impossible et nous avons le phénomène fortuit ». L’exemple qu’il développe est celui de la toupie : il est impossible de calculer exactement le lieu où une toupie va s’arrêter et l’orientation de son axe à l’arrêt, sinon de préciser un lieu approximatif et une inclinaison calculable (selon la forme de la toupie), en revanche on peut seulement annoncer que l’orientation de l’axe sera d’un angle quelconque compris entre 0 et 359°, au degré près !

 

Le paradigme des jeux de hasard est très utile. Ainsi l’équipe mentionnée ci-dessus, a fait une étude d’autres cas, notamment du jeu de dés et de la roulette des casinos.

 

Les enseignements suivants peuvent être tirés : les équations ne sont pas simples, l’incertitude sur le résultat est due à la complexité de l’espace abstrait où s’expriment les solutions. Cette complexité contraste avec la simplicité mécanique apparente, elle est aussi liée à la manipulation. Par exemple, pour une « bonne imprédictibilité » du pile ou face il faut lancer la pièce assez haut, elle doit effectuer plusieurs tours en l’air et rebondir plusieurs fois sur une surface dure. Parmi les résultats, retenons Les « prédictions sur l’imprédictibilité », selon les conditions de manipulation, ont été vérifiées expérimentalement.

 

Mais, y a-t-il du chaos là-dedans ? En effet, le chaos a été décrit à parti de modèles mathématiques, par exemple le modèle logistique en temps discret ou le modèle de Lorenz, ces modèles peuvent engendrer un chaos sans fin si l’on n’arrête pas le calcul : un chaos permanent. Or dans un jeu de hasard, il y a une fin « physique » : l’arrêt de la pièce, du dé, de la boule de la roulette, correspondant à un point fixe stable (ou point d’équilibre) du système. Les auteurs montrent en fait que c’est l’équivalent de l’arrêt d’un calcul : on a un chaos qu’on peut alors qualifier de temporaire.

 

Strzałko J., Grabski J.,  Stefański A., Perlikowski P., Kapitaniak T. Dynamics of coin tossing is predictable. Physics reports, 2008, 469, 59-92.

Strzałko J., Grabski J.,  Perlikowski P., Stefański A.,  Kapitaniak T. Dynamics of Gambling. Origins of Randomness in Mechanical Systems. Lecture Notes in Physics, 792, Springer, 2009.

 

En fait, les mathématiciens font maintenant le lien entre théorie des systèmes dynamique et théorie des probabilités, notamment par le biais de la notion de mesure. Pour en savoir plus, on peut conseiller de visionner l’excellente série sur le chaos :

 

Jos Leys, Etienne Rhys, Aurélien Alvarez, avec la participation de Thierry Lhermitte pour la version française (voix). Chaos : Chaos1. Panda Rhei,  Chaos2.Champs de vecteurs: la course des legos, Chaos 3. Un peu de mécanique: La pomme et la lune, Chaos4. Oscillations: La balançoire, Chaos5. Le taureau de Duhem, Chaos6. Chaos et le fer à cheval. Chaos7. Attracteurs étranges : L’effet papillon, Chaos8. Statistiques : Le moulin de Lorenz, Chaos9. La recherche aujourd’hui, 2012.

https://www.youtube.com/watch?v=JNWM8hTXVNM&list=PLw2BeOjATqrtvGQi9Z-FeSYuQJPGph_BP

On pourra aussi consulter : http://www.chaos-math.org/fr/

 

On peut aussi le faire expérimentalement, c’est ce que j’ai fait à titre personnel (figure 1).

 

En tout état de cause, le calcul des probabilités permet d’avoir une approche plus simple et opérationnelle, mais partielle de phénomènes dynamiques complexes qu’en écrivant les équations de ces dynamiques. En revanche, si l’on souhaite mieux comprendre, voir agir pour réguler ce chaos, ce hasard, il vaut mieux s’atteler à la tâche.

 

Le lecteur aura remarqué que le glissement progressif vers les probabilités s’est accompagné d’énoncés de moins en moins catégoriques utilisant notamment l’adverbe « presque »… On notera également l’importance des probabilités et de la statistique pour analyser les données concrètes et des notions de distribution et de mesure associées.

 

Figure. Modèle logistique en temps discret : , n = 0, 1,…, 100 avec r = 3,98 et x0 = 0,5. Si le calcul est arrêté à n = 99, on a x99 = 0,918, alors que pour n = 100, on a x100 = 0,297. Si l’on se donne pile pour xn < 0,5 et face pour xn > 0,5, on aurait FP. Les valeurs 1 et 0 sont des points fixes, si la variable prend exactement l‘une de ces deux valeurs, elle y reste fixée. En pratique on ne l’observe presque jamais. Ainsi dans un article daté de 2006, des simulations sur 10 000 valeurs ont été réalisées sans qu’à aucun moment l’une de ces valeurs ne soit atteinte. À droite, on trouve la distribution statistique des valeurs de xn. Une étude statistique plus détaillée peut se trouver dans les articles suivants :    Pavé A. By way of introduction : Modelling Living Systems, their diversity and their complexity. Some Methodological and Theoretical Problems. C.R. Biologies, 329, 2006, 3-12.

Pavé A. Necessity of chance : biological roulettes and biodiversity, C.R. Biologies, 330, 2007, 189-198.

On notera notamment la convergence rapide vers la loi de Gauss de sommes de telles variables, ainsi que diverses corrélations.

 

Toutes les considérations sur le déterminisme, sur la prédictibilité, sur la sensibilité aux conditions initiales, doivent beaucoup à Henri Poincaré, déjà mentionné, et à l’un de ses contemporains et successeur Jacques Hadamard, sans oublier Pierre Simon Laplace. 

 

Henri Poincaré. Calcul des probabilités.  Gauthier-Villard, 1912. (réimpression, Jacques Gabay, Paris, 1987).

 

Plus récemment, on peut citer bien sûr, Andreï Kolmogorov, Stephen Smale, Edward Lorenz, Yakov Sinai, qui a reçu le prix Abel 2014, et David Ruelle. Notre expérience personnelle mène à souligner que les discours des mathématiciens ne sont pas toujours ésotériques et parsemés de formules difficilement compréhensibles, mais que leurs réflexions peuvent avoir une portée beaucoup plus générale que mathématique. L’exemple de la « théorie des catastrophes » de René Thom en est une illustration, mais qu’il faut manipuler avec précaution : un modèle « imaginaire » n’est pas toujours la traduction d’une réalité, il reste un moyen précieux de spéculation au sens noble du terme, celle de la spéculation intellectuelle. En tout état de cause, l’élaboration théorique en continuelle référence au réel, utilisant la prédiction explicative, est un des meilleurs moyens pour atteindre des objectifs de prédiction anticipative ainsi que pour concevoir des modes de gestion, d’entretien de systèmes réels, par exemple naturels, et aussi imaginer, si besoin, des interventions efficaces. Très généralement, ces détours, s’inspirant des autres disciplines sont très utiles. Elles peuvent notamment éviter de réitérer des erreurs dans le raisonnement scientifique lors de l’étude de situations complexes, comme c’est le cas, par exemple pour la biodiversité.

À propos de complexité

 

Nous ne pouvons plus faire l’économie de la complexité et d’une approche scientifique et technologique de cette question ainsi que de sa traduction en termes de systèmes complexes. En ce sens, nous adhérons une nouvelle fois aux réflexions d’Edgar Morin, énoncées clairement dans cette citation : « Beaucoup ont longtemps cru et peut-être croient encore que le défaut des sciences humaines et sociales est de ne pouvoir se débarrasser de la complexité apparente des phénomènes humains pour s’élever à la dignité des sciences naturelles qui, elles, posaient des lois simples, des principes simples et faisaient régner l’ordre du déterminisme dans leur conception. Or, nous voyons aujourd’hui qu’il y a crise de l’explication simple dans les sciences biologiques et physiques ; dès lors, ce qui semblait être les résidus non scientifiques des sciences humaines, l’incertitude, le désordre, la contradiction, la pluralité, la complication, etc., fait aujourd’hui partie d’une problématique générale de la connaissance scientifique. »(1) Cette appropriation de la complexité et en traiter rigoureusement doit aller au delà des mots. Il ne s’agit pas d’oublier ce que nous avons acquis et nos approches rôdées, notamment d’analyse des systèmes et réductionnistes, mais de poursuivre la construction d’une méthodologie scientifique d’étude des systèmes complexes. L’écologie et la biodiversité sont des champs d’excellence où ce type d’approche devient nécessaire, sinon le risque est grand de patiner et même d’avancer des considérations parfois contredites par la réalité, par exemple sur la fragilité des grands écosystèmes. Ainsi, dans un article récent au demeurant très intéressant, écrit par un collègue très sérieux ayant travaillé dans le cadre du programme Amazonie du CNRS, affirmer que le milieu amazonien est très fragile « où chaque plante, chaque animal a sa niche étroite, qui risque de disparaître au moindre déséquilibre »(2). on ne comprend alors pas très bien comment cette forêt amazonienne a pu résister à de grandes perturbations tout au long de son histoire et se régénérer régulièrement, avec une toujours aussi grande biodiversité. Cet exemple, n’est pas unique où des faits sont avancés qui ne sont pas vérifiés dans la réalité.

C’est le cas aussi en économie où l’on est régulièrement étonné par les déclarations des spécialistes de la question souvent contradictoires, n’étant rigoureuse qu’en apparence. Ce n’est pas une histoire de compétences, c’est la non prise en compte de la complexité : on se contente d’explications simplistes avec l’idée à chaque fois que c’est la bonne. La mauvaise utilisation des modèles, objets efficaces mais réducteurs par nature, n’arrange pas les choses. Prendre en compte la complexité, par exemple celle de notre environnement, la communauté scientifique y a consacré du temps depuis une quarantaine d’année avec notamment la promotion de l’interdisciplinarité. Une méthodologie rigoureuse s’est progressivement construite. L’interdisciplinarité est opérationnelle et l’évolution vers la transdisciplinarité est en cours. Encore une fois on se demande si l’on ne travaille pas pour rien, comment peut-on comprendre que le gouvernement d’un pays comme la France soit exercé par des équipes de formation et de culture peu diversifiées, c’est-à-dire quasi monodisciplinaires, alors qu’il n’y a pas d’activité plus interdisciplinaire que « gérer la cité » ? Si le monde politique ne sait pas faire peut-être qu’il pourrait s’inspirer de l’expérience des scientifiques : la méthodologie est un résultat en soi (3).

Dans un prochain article, les notions de complexité et de système complexe seront détaillées.

L’illustration en haut à gauche montre ce qu’on peut voir d’un très petit morceau d’un système complexe, à savoir la forêt amazonienne, et une représentation schématique qu’on peut en faire, montrant en outre qu’aussi bien les objets eux-mêmes que les relations entre ces objets. La structure de la forêt a une composante aléatoire importante, on peut penser que c’est pour cette raison qu’elle est très résiliente. 

-----------------

 (1) Edgar Morin. Le défi de la complexité. Chimères, nº 5-6, 1988. 

www.revue-chimeres.fr/drupal_chimeres/files/05chi05.pdf

Une trentaine d’année après, et de nombreuses autres contributions d’Edgar Morin, on se rend compte que nous n’avons pas encore pris toute latitude pour « faire le choix de la complexité » dans nos travaux. 

 (2) Stephen Rostain. L’Amazonie, une terre promise pour l’archéologie. Pour la Science, 453, mai 2016, 62-69. 

 (3) Mais nous sommes aussi un peu fautifs car cette expérience n’a pas toujours été publiée et diffusée, occupés que nous étions à élaborer et à raffiner cette méthodologie, à démontrer son efficacité. Ainsi, la remarquable synthèse, basée sur près de 40 ans d’expérience en la matière, faite par le CNRS en 2011 est limitée à une diffusion et à un usage interne.

 

 

============================================================================================================

Être ou ne pas être cité, est-ce une question ?

 

Il arrive régulièrement lors d’une lecture, ou en écoutant un exposé, qu’un fait, qu’une idée, que vous avez écrite ou exprimée, qu’une responsabilité que vous avez exercée, ne vous soit pas attribuée et plus généralement que vous ayez l’impression d’avoir été oublié ou oubliée. Le plus souvent, c’est parce que vous n’êtes pas le seul pouvant potentiellement être cité. Dans d’autres cas, les raisons sont plus difficiles à cerner. Ni ma carrière, ni ma modeste notoriété, ni même mon ego, n’ayant pas eu à en souffrir particulièrement je me suis régulièrement dispensé d’en faire état. Cela étant d’autres en ont peut-être souffert. 

 

En ce qui me concerne, je peux prendre quelque exemples:

 

1- Lors d’une conférence au CNRS, un orateur chargé de réfléchir à l’organisation de la recherche sur l’environnement par l’un des instituts de cette digne institution, a repris quasiment sans le citer un article que nous avions publié avec quelques collègues quelques années auparavant allant jusqu’à utiliser une illustration que j’avais faite pour cet article. Ma voisine, une collègue et amie, m’ alors glissé dans l’oreille quelque chose du genre : « il exagère, c’est ton schéma et il ne te cite même pas ! ». Nous nous sommes dispensés de relever le fait, ayant choisi d’en rire.  Référence :

  • Lévêque C., Pavé A., Abbadie L., Weill A., Vivien F.-D. Les zones ateliers, des dispositifs pour la recherche sur l'environnement et les anthroposystèmes. Natures, Sciences, Sociétés, 4, 44-55, 2000.

2- Plus anciennement, à mes débuts, un collègue est venu me voir pour s’excuser car je n’étais pas remercié dans l’article qu’il venait de publier dans « Science », évoquant alors une erreur de l’éditeur. Article d’ailleurs dont j’aurais pu être co-signataire ainsi qu’un autre collègue qui y avait contribué de façon significative et peut-être plus que moi. En ce qui me concerne, l’erreur a été réparée quelques années plus tard en étant associé à l’article (qui dépasse à ce jour les 700 citations) :

  • Grantham R., Gautier C., Mercier R. et Pavé A. Codon catalog usage and the genome hypothesis. Nucleic Acids Research, 8, 1980, 49-62.

Je n’en tire aucune acrimonie bien sûr.

 

3- Plus d’une fois, certaines et certains de mon laboratoire lyonnais omettent  le fait que j’ai dirigé ce laboratoire pendant 7 ans, en succédant à son créateur, Jean-Marie Legay et que ce laboratoire n’a pas eu à s’en plaindre. Etant alors responsable d’un programme de recherche interdisciplinaire au CNRS, il m’était difficile de garder cette direction pour des raisons de disponibilités mais aussi de possibilités de conflits d’intérêt. Ils ou elles oublient avec autant d’assiduité le rôle que j’ai pu jouer dans l’émergence de la bioinformatique !

 

4- A propos d’une « affaire récente de biopiraterie » J’ai noté que l’auteure d’une thèse en Guyane sur la chimie des substances naturelle, ingénieure de recherche au CNRS, a oublié de citer dans sa longue liste de remerciements:  (i) le programme Amazonie, qui a soutenu ses travaux, (ii) le fait qu’elle a été recrutée à mon initiative et à celle d’un collègue Paul Vigny, (iii) qu’elle a reçu la médaille de bronze de l’Académie d’Agriculture en partie grâce à mon soutien et à celui de Jean-Claude Mounolou. Cela étant, elle n’est pas la seule responsable, certains membres du jury, connaissant les faits auraient pu lui faire remarquer en temps voulu.

 

5- Il arrive souvent que mes travaux de modélisation, sur des points originaux, ne soient pas mentionnés. Néanmoins mon ouvrage: 

  • Modélisation en biologie et en écologie. Aléas, Lyon, 1994, 560p.

est bien cité (plus de 100 fois).

Je me permets d’encourager les lecteurs de consulter l’édition bilingue, corrigée et augmentée :

  • Modélisation des systèmes vivants : de la cellule à l’écosystème. Hermès/Lavoisier, Paris, 2012.
  • Modeling living systems, from cell to ecosystem. ISTE/Wiley, London, 2012.

 

6- En revanche, on peut avoir d'autres bonnes surprises, comme celle que j’ai eue à la fin de l’exposé d’un chercheur de l’Irstea du centre de Grenoble, qui a cité l’article écrit avec Claudine Schmidt-Lainé:

  • Schmidt-Lainé Cl. et Pavé A. - Environnement : modélisation et modèles pour comprendre, agir et décider dans un contexte interdisciplinaire. Natures, Sciences, Sociétés : Sciences pour l’ingénierie de l’environnement 10 : s.1, 2002, 5-25.

Et aux applaudissements qui suivirent de la part de consoeurs et de confrères de l’Académie des technologies, présent(e)s à cette réunion.

Nous avons commis tous les deux quelques autres articles  « bien balancés ».

 

7- Le nombre de citations du chapitre : 

  • Jollivet M. et Pavé A. O meio ambiente : questões e perspectivas para a pesquisa. In « Gestão de recursos naturais renovaveis e desenvolvimento », Ed. Freire Vieira P. e Weber J., Cortez, São Paulo, 1997, 53-112.

Fait partie aussi des bonnes surprises. Comme quoi, on peut publier dans d’autres langues que l’anglais et être bien cité (97 citations à ce jour).

 

En conclusion, à part quelques loupés et si parfois on peut-être froissés pas certains oublis, dont on peut penser qu’ils ne sont pas involontaires, il faut plutôt en rire, surtout dans ce dernier cas ! Il faut aussi être persuadé que ce n’est pas un nombre de citations, suite à l’accumulation d’articles, plus ou moins insignifiants, qui font votre notoriété sauf pour les insignifiant qui ne pensent qu’en ces termes. Il est cependant agréable d’être raisonnablement cité.

 

PS. Le nombre de citations est tiré de Google Scholar (accessible à toutes et tous) :

https://scholar.google.fr/citations?user=4m0pbk8AAAAJ&hl=fr

 

Conférence à Montréal Invité par l'Université du Québec À Montréal (UQÀM), j'ai été trés bien accueilli début décembre. Voilà l'annonce de la conférence que j'ai faite devant un auditoire nombreux et juste après les liens pour la visionner :
Pendant la conférence

 

 

Jeudi 3 décembre 2015, 18h

 

 
Une conférence d'Alain Pavé

De la cellule à l’écosystème, le hasard est omniprésent. Mais d’où vient-il? Quels sont les processus susceptibles de l’engendrer? Est-il nécessaire à la vie et à son évolution? Sommes-nous condamnés à faire avec ou pourrions-nous y trouver des opportunités pour mieux comprendre et mieux faire? Réflexion sur l’inattendu, l’imprévisible et l’incertain, autant de mots qui troublent, à priori, notre entendement.

 

Les liens, ci-dessous, permettent d'accéder à l'interview qui a été faite avant la conférence et à la conférence elle-même :

 

Comme il s'agissait d'une conférence "Grand public" je n'ai pas cité beaucoup de références pour ne pas alourdir la présentation. Vous trouverez, ci-après, les références utiles ainsi que le pdf de la conférence (la deuxième partie "culture générale sur le hasard" a été résumée et a surtout fait l'objet d'une partie importante du débat).

 

Par ailleurs, j'ai rencontré des professeurs, des chercheurs et des doctorants de l'Institut des Sciences de l'environnement et eu des discussions très intéressantes. Marc Lucotte, Professeur à l'UQAM, très connu en France, Docteur Honoris Causa de l'Université Paul Sabatier à Toulouse, longtemps membre du Conseil scientifique du CNRS, un grand connaisseur de l'Amazonie, m'a superbement accueilli. Il est pour beaucoup dans le succès de l'ISE. Le directeur de cet institut était d'ailleurs présent à la COP 21, j'ai pu le rencontrer juste avant son départ pour Paris.

 

J'ai aussi revu Denis Barabé, écologue et botaniste qui m'a fait visiter le splendide jardin Botanique de Montréal. Nous nous sommes connus en Guyane !

 

Enfin, j'ai présenté la contribution de l'Académie des technologie à la COP 21.

 

Bibliographie :

 

Charles Darwin. De l’origine des espèces (Ed. 1862, traduction E. Barbier), chapitre V. Les lois de la variation.

 

Gregor Mendel G. Versuche über Pflanzen Hybriden. Im Verlag des Vereines, Brünn, 1866, 47p.

 

Guillaume Lecointre, Muriel Gargaud, Marc Lachièze-Rey, Guiseppe Longo et Alain Pavé, Changement, transformation, évolution, historicité. In « Evolution, des galaxies aux sociétés, objets et concepts », Dir. Muriel Gargaud et Guillaume Lecointre, Ed. Matériologiques, Paris, 2015, pp. 23-40.

 

 http://www.theguardian.com/society/2015/jan/18/scientists-wrong-luck-cancer-genes-alice-roberts

 

Tomasetti C. & Vogenstein B. Variations in cancer risk among tissues can be explained by the number of stem cell divisions. Science, 2015, 347, 78-81.

 

Fowler RG, Schaaper RM. The role of the mutT gene of Escherichia coli in maintaining replication fidelity. FEMS Microbiol Rev. 1997 Aug;21(1):43-54.

 

Notons que le prix Nobel de chimie a été décerné cette année 2015 à trois chercheurs qui se sont illustrés dans l’étude des processus de réparation de l’ADN : Thomas Lindahl, Paul Modrich et Aziz Sancar.

 

https://lejournal.cnrs.fr/articles/une-approche-darwinienne-du-cancer

 

https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-medecine-darwinienne-un-autre-regard-sur-la-sante

 

Luc Perino, Darwin viendra-t-il ? Éditions Le Pommier, Paris, 2008.

 

Radman M. SOS repair hypothesis: phenomenology of an inducible DNA repair which is accompanied by mutagenesis. Basic Life Sci 5A: 355-67, 1975.

 

Matic I, Rayssiguier C, Radman M. Interspecies gene exchange in bacteria: The role of SOS and mismatch repair Systems in evolution of species. Cell 80: 507-15, 1995.

 

Giraud A, Matic I, Tenaillon O, Clara A, Radman M, Fons M, Taddei F. Costs and benefits of high mutation rates: adaptive evolution of bacteria in the mouse Gut. Science 291: 2606-8, 2001.

 

Gandrillon O., Kolesnik-Antoine D., Kupiec J.J., Chance at the heart of the cell. Progress in Biophysics and Molecular Biology. 2012

 

http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/4-jean-jacques-kupiec-nos-cellules-sont-soumises-a-selection-01-10-2009-88531

 

J’ai utilisé cette image de roulete biologique dans l’article :

 

Necessity of chance: biological roulettes and biodiversity, C.R. Biologies, 330, 2007, 189-198, cité d’ailleurs par Alice Roberts.

 

Chicurel M. Can organisms speed their own evolution? Science, 2001, 292, 1824-1827.

 

Masatoshi Nei. Mutation-Driven Evolution. Oxford University Press, Oxford, 2013.

 

Strzałko J., Grabski J.,  Stefański A., Perlikowski P., Kapitaniak T. Dynamics of coin tossing is predictable. Physics reports, 2008, 469, 59-92.

 

El Albani A. et al. 2010. Large colonial organisms with coordinated growth in oxygenated environments 2.1 Gyr. Nature 466, 100-104.

 

Pavé A., Hervé J.C. et Schmidt-Lainé Cl. Mass extinctions, biodiversity explosions and ecological niches. C.R. Biologies, 325 : 7, 2002, 755-765.

 

Pavé A. Modélisation des systèmes vivants, de la cellule à l’écosystème. Hermes/Lavoisier, Paris, 2012.

 

Pavé A. (2007) La nécessité du hasard – Vers une théorie générale de la biodiversité. EDP Sciences, Les Ulis

 

Pavé A., Fornet G. (2010) Amazonie, une aventure scientifique et humaine du CNRS. Galaade, Paris

 

Pavé A. Les cailloux du petit Poucet. Du Laboratoire à l’Amazonie, à propos du vivant et des sciences qui en parlent. EDP Sciences , Les Ulis, 2015

 

Et d'autres de mes ouvrages bien sûr !

 

Conférence à l'UQAM
Ce fichier contient les projections que on servi de support visuel à ma conférence à l'UQAM du 3/12/2015.
Hasard-Montréal-UQAM-03122015-CoeurDesSc[...]
Document Adobe Acrobat [17.3 MB]

Philosophie, économie, climat et… citrons « bio »

 

La base de la pédagogie est la répétition se plaisait à dire mon père, instituteur, l’un des ces « hussards noirs » de la République, à condition bien sûr que la répétition ne soit pas « mot à mot », mais change un peu d’angle, de point de vue. L’exemple est aussi efficace pour illustrer des exposés parfois un peu théoriques, sans oublier que souvent ce sont des exemples accumulés qui permettent de construire un exposé théorique… C’est le sens de ce que j’écris aujourd’hui, une illustration de mon précédent article, ci-après, et quelque part un complément.

 

Le 16 septembre 2015, près quelques jours passés dans la capitale, à l’Académie des technologies, pour discuter de la contribution de cette académie à la COP21, je constate que même si mon réfrigérateur n’est pas vide, je n’ai plus de salade. Or, c’est une de mes faiblesses, j’aime bien manger quelques feuilles, soigneusement assaisonnées, à chaque repas. Salade, « fruit » d’une bienveillante photosynthèse un vrai produit vert, au moins en couleur. Donc, rentré tard la veille au soir, je me décide à aller dans un « petit super » marché près de mon domicile. Au passage, je vous confie un autre secret : je n’ai presque jamais fait de liste de courses, faisant confiance à ma mémoire et à l’inspiration du moment, si bien que chemin faisant, je prends un petit sachet contenant des citrons jaunes, dont le jus entre dans la recette de ma sauce magique, et cela dans le rayon « bio » du magasin. Puis, chariot suffisamment rempli, je passe à une caisse, non automatique, alors la caissière remarque qu’un citron du sachet est gâté et me propose d’aller rapidement chercher un autre sachet. Comme il y a peu de client, un échange rapide a lieu entre nous, elle acquiesce quand j’avoue que le bio n’assure pas que le produit acquis soit réellement bon à consommer et que nous sommes influencés par les idées, sinon l’idéologie ambiante : ce qui est « naturel » ou s’en revendique est considéré de facto comme bon. De fait, j’ai inconsciemment choisi ce produit bio et je me demande si les microorganismes responsables de ce pourrissement sont moins inoffensifs que quelques produits de conservation protégeant les fruits des agressions microbiennes. Par exemple, l’aflatoxine, hautement cancérigène et totalement bio, a fait des dégâts sévères et pourtant on pourrait qualifier aussi de bio les cacahuètes sur lesquels se développent les moisissures produisant ce type de toxine ! Je me suis souvent fait cette remarque, on trouve dans la nature beaucoup de produits néfastes : la biodiversité ou le bio ne sont pas forcément bons pour nous. En revanche, il ne s’agit pas, par un rapide renversement, de devenir « anti-nature » ou « anti-bio », mais d’être plus circonspect. Au passage, on peut s’étonner que les anti-OGM, soient aussi les défenseurs du bio : les OGM ne sont-ils pas aussi du bio ? De fait, les OGM sont a priori considérés comme mauvais. Sans autre procès. 

 

En tout cas le bio se vend bien et pourquoi pas ? Faisons un détour par l'économie : l’un des principes de cette discipline est que les acteurs économiques, vous ou moi, M. Boloré ou Arnault, les Pieds-Nickelés sont « rationnels » et agissent en fonction de leur intérêt économique en optimisant (maximisant) leur profit ; alors pourquoi acheter du bio plus cher que le non-bio : parce que c’est meilleur, plus sain ou du moins le croyons-nous ? Les déterminants de nos choix sont en fait multiples et dans une même situation, ils varient d’un individu à l’autre. Même à travers cet exemple simple, on voit que ce n’est pas…. si simple. Prenons un autre exemple, actuellement on essaie de faire que les acteurs économiques contribuent à atténuer les changements climatiques. Il en a été question lors du séminaire mentionné ci-dessus. Marion Guillou et moi-même étions chargés de la coordination, nous avons donc suivi avec attention les débats, après avoir passé beaucoup de temps sur les documents préparatoires. Tout s’est bien passé, pas de réaction hystérique comme on le voit parfois dans certains cercles. Cela étant j’ai retenu quelques réflexions significatives. Lors de la discussion après un exposé pertinent sur la géoingénierie, très réservé sur sa mise en œuvre, un collègue philosophe a posé la question : pourquoi croire plus dans les outils économiques que dans ces technologies potentielles, même si ces dernières paraissent aujourd’hui très risquées ou impossible à mettre en œuvre ? Ce qui paraît pertinent aujourd’hui ne le sera peut-être pas dans 30 ans et inversement. Est-ce en attribuant un prix au carbone qu’on va inciter à une moins grande consommation de combustibles fossiles sur une période longue ? Tout le monde semble y croire, les économistes en premier qui, introduisant leurs croyances (hypothèses) dans leurs modèles, les retrouvent en sortie, confortant leurs croyances.

 

Le langage est lui aussi significatif. Ainsi et sur un plan parallèle, pourquoi, à la radio, nous parle-t-on plusieurs fois par jour de la bourse : combien d’auditeurs ont-ils les moyens de s’y intéresser ? Pourquoi nous parle-t-on d’investisseurs alors qu’il ne s’agit que de spéculateurs qui n’agissent que dans des intérêts purement financiers, le leur ou de ceux qu’ils représentent ? Pourquoi nous-parle-t-on d’un équilibre, purement fictif ? L’économie apparait de plus en plus comme une science fragile, qui ne veut pas le reconnaître, dont on peut penser quelle agit comme un alibi à une idéologie dominante. Les politiques sont grandement fautifs en continuant à penser que le marché dérégulé va contribuer à structurer la société pour le bien commun, contre toute évidence et pour se défausser de leurs responsabilités. Oui la finance va contre cet intérêt commun. Oui la finance déstructure nos entreprises et crée le chômage. Oui la finance avec l’augmentation des inégalités nous conduit à la catastrophe. Oui la finance n’a rien à faire du climat et de son évolution, elle ne pense même pas que le changement est là et qu’au delà des discours catastrophistes, il peut y avoir des opportunités. Il est temps que les politiques reprennent pied, ils sont redevables face à ceux qui les ont élus et, plus que tout, aux générations futures. Mais ils croient encore aux idoles actuelles de l’ultralibéralisme et à une vision gestionnaire dégradée de la fonction politique. Faut-il en changer ? Faut-il les changer ? Peut-être mais surtout pas pour des marchands d’illusions qui seront et feront encore pire.

 

Dernièrement, comme je l’ai déjà signalé, je me suis replongé dans le petit livre intitulé : Science et religion de Bertrand Russell.  Mais allez-vous dire pourquoi nous parle-t-il de philosophie après des citrons bio, de l’économie, du climat et de politique ? Tout d’abord, une deuxième lecture des années après la première n’était pas inutile, d’autant plus que j’étais loin d’avoir compris ce texte qui me paraît maintenant très accessible. Extrayons-en deux points supplémentaires à ceux que j’ai déjà mentionnés, celui qui parle de déterminisme et l’autre de panthéisme. Même si ce n’est pas explicité, on comprend bien qu’il faille, encore une fois, ne pas confondre déterminisme avec prédictible : un phénomène, un système, peut être déterministe et être imprédictible. C’est un point sur lequel j’ai déjà insisté à de multiples reprises. On sait que la météo n’est prédictible que dans un horizon temporel limité, quoiqu’on fasse, sauf de sortir des évidences ou des banalités dignes de l’Almanach Vermot. La croyance dans le déterminisme d’une décision économique est illusoire sauf de réguler, de contraindre fortement le sacro-saint marché, par exemple par la loi : réprimer des actions néfastes. C’est ce que les ingénieurs ont compris depuis longtemps en régulant les systèmes techniques qu’ils conçoivent : les lois de la physique ou de la chimie, pas plus que celles de la biologie, pourtant dûment testées et vérifiées, ne suffisent à assurer un fonctionnement autonome satisfaisant, au risque même d’accidents graves. Pour cela ils ont inventé des systèmes de contraintes. N’y a-t-il pas illusion à croire qu’on peut laisser impunément les marchés financiers marcher sans contraintes précises et fortes, plus généralement comment peut-on laisser impunément la machine économique à sa propre dynamique tout en lui laissant le maximum d’espace de liberté ? Les défenseurs du marché autonome prennent comme exemple les « lois » de la nature issus de l’évolution biologique : auto-organisation et émergence spontanée de régulations. C’est ignorer qu’il a fallu près de 4 milliards d’année pour en arriver là et que les processus en cause sont très aléatoires : pour cela il faut explorer un énorme champ de possibles et faire face à des perturbations elles aussi aléatoires. L’exploration au hasard et la sélection tout aussi  aléatoire sur le long terme ont permis une telle issue, sans oublier qu’il n’y avait pas de but, pas d’acteur suprême pour guider cette évolution. Au passage, on peut remarquer qu’il existe aussi une émergence d’auto-désorganisation efficace face aux aléas environnementaux. Ce n’est sur aucun plan analogue à l’économie, y faire référence relève de la confusion intellectuelle ou de l’escroquerie.

 

Par ailleurs toujours à propos de ce livre de Bertrand Russel, à l’occasion d’une critique d’une série d’émissions de la BBC dans les années 1930 où des grands penseurs britanniques, dont des scientifiques (notamment le physiologiste J.S. Haldane, père du généticien et biométricien J.B.S. Haldane) présentent leurs idées sur précisément science et religion, l’auteur montre que certains non croyants, dont J.S. Haldane, ont en fait une position panthéiste, à savoir et en simplifiant outrageusement que « Dieu n’est pas un être au sens commun, mais la réunion de la nature, voire du cosmos, et des humains ». On retrouve le concept de cosmos de Parménide puis celui de système d'Aristote, et peut-être aussi la position de Spinoza (dont on peut discuter, si j’ai bien compris, s’il était athée ou panthéiste). Quand on analyse aujourd’hui l’écologie idéologique et politique, on peut penser, dans ses formes radicales, mais pas exclusivement, qu’elle relève d’un panthéisme affirmé (c’est très net de la part de Lovelock dans son utilisation du symbole de Gaia). Les discours sur le climat et la biodiversité en sont imprégnés, même ceux des politiques. La nature est divinisée et la biodiversité sanctifiée : l’imprégnation religieuse semble globalement très forte. Pour s’en convaincre on peut, par exemple, lire la présentation élégante de la loi sur la biodiversité de Mme la ministre S. Royal devant l’Assemblée Nationale. En fait, il m’a fallu des années pour détecter cette dimension religieuse dans l’écologie tant je pensais qu’étant une discipline scientifique ou son prolongement, elle n’avait pas lieu d’être. Hé bien si, elle est et même fortement. Qu’on me comprenne bien, je l’ai déjà dit et écrit, je respecte totalement les pensées religieuses. J’y trouve des inspirations, même si je ne pratique pas, mais je pense que ce qu’il faut éviter, c’est le mélange des genres, en particulier annoncer comme résultat scientifique ce qui est un dogme, ou oblitérer toute autre pensée « hérétique » qui pose autrement les problèmes. Ainsi, il est dogmatique de dire que retirer une espèce mineure d’un grand écosystème risque de le « déséquilibrer » et peut conduire à l’effondrement de cet écosystème. Il est aussi dogmatique de dire que la nature est bonne en soi et que le climat est régulé : la régulation suppose un acteur qui définit les termes de la régulation et les processus impliqués : serait-ce Dieu ? En revanche, on peut souhaiter que le climat ne s’écarte pas trop, en moyenne, d’un état donné, par exemple l’actuel, et mettre en œuvre les mesures qui le permettent. Là l’acteur climatique est l’Homme qui cherche à agir sur ce climat. Mais, étant donné la complexité du système global, est-ce un simple outil économique qui va résoudre le problème ? Certainement pas. Il ne faut cependant, être trop moqueur, la planète mérite bien une messe, comme la COP21.

 

Les scientifiques et ingénieurs (peu consultés sauf ceux du climat) continuent à se mettre en ordre de bataille, c’était le sens du séminaire de l’Académie des technologies des 14 et 15 septembre, préparé par plusieurs mois de réflexion. Nous nous sentons impliqués, mais les politiques nous préfèrent souvent les actrices, acteurs, journalistes, etc. Que ces derniers s'engagent, c'est honorable, qu'ils occupent la scène, c'est bien, c'est leur métiers, mais que les scientifiques soient éclipsés, c'est... moins bien, même si les éclipses soient le fait des astres, des... stars.

 

Enfin, il est important de limiter et même d’éviter les discours catastrophistes, apanage des prédicateurs qui, dans leurs discours apocalyptiques, agitent les passions tristes, bases de leur pouvoir, comme ce que font les despotes, mais qui « fatiguent » les « foules » comme le montre une enquête sociologique internationale publiée le 28/09/2015, dans Nature Climate Change :

« Cette enquête, menée sur un échantillon de 6196 personnes dans 24 pays, suggère que la meilleure manière d'induire une prise de conscience sociale du changement climatique serait de changer notre manière de l'aborder.

Il vaut mieux éviter les discours alarmistes et parler des bénéfices que nous pourrions tirer demain des actions concrètes menées en faveur du climat avec une vraie politique de prévention du changement climatique et de réductions des gaz à effet de serre. »

http://www.nature.com/nclimate/journal/vaop/ncurrent/full/nclimate2814.html

Et le résumé paru sur le site de « La tête au carré » de France Inter.

 

Du citron bio au panthéisme, en passant par le climat et l’économie, un chemin bizarre, étonnant non ?!?

 

Le 17/09/2015

<< Nouvelle zone de texte >>

ÉCONOMIE ET ÉCOLOGIE

La grande confusion entre scientifique, politique et religieux à notre détriment à toutes et tous !

 

Dans « La course de la gazelle », puis dans « Les cailloux du petit Poucet », j’ai tenté, comme d’autre l’ont fait avant moi, de souligner quelques pièges dans la réflexion humaine et les comportements qui en découlent, celui de la confusion entre les genres. J’insistais notamment de celle entre la religion et la science, apanage des créationnistes dont il a été question, il y a quelques années. Aujourd’hui, en train d’écrire un nouveau livre, à lire, à écouter, à voir, à observer ce qui se passe autour de moi, il me semble que deux grands domaines sont en plein dans cette confusion. Pire, ce à quoi j’ai consacré une grande partie de ma vie scientifique, que j’ai essayé de bien définir et qui, au delà des cas spécifiques, m’a permis de mieux comprendre le monde vivant grâce à ces petits cailloux qu’ont été les modèles, hé bien cette modélisation est aussi le moyen de dérouler des logiques dogmatiques se parant de la noble écriture des mathématiques.

L’Église a (re)découvert, grâce à Saint Thomas d’Aquin au XIIIe, l’œuvre et la logique d’Aristote et l’a fait fructifier à son bénéfice : utiliser une logique, empiriquement façonnée et mieux formalisée, par précisément Aristote, pour dérouler des raisonnements, en tirer des conclusions allant dans le sens du pouvoir qu’elle voulait asseoir sur les sociétés humaines de l’occident chrétien. C’était ignorer qu’on peut dérouler un raisonnement « logique » à partir d’une axiomatique purement arbitraire et de ce fait convaincre et vaincre, sans pour autant mettre les résultats à l’épreuve du réel. La puissance de cette logique a d’ailleurs occulté que cet immense personnage a manqué par ailleurs, par exemple une description pour le moins sommaire du monde vivant, des énoncés non prouvés et non vérifiés, comme ceux sur la chute des corps. En revanche, la notion de système, reprise de Parménide par Aristote, est toujours d’actualité, même s’il faut bien en cerner l’intérêt et les limites. Dans la méthode aristotélicienne, la logique du raisonnement est centrale et domine tout. Toute connaissance est dans les livres déroulant les raisonnements, il n’est nul besoin d’observer, d’interpréter, ni d’expérimenter et encore moins de confronter les conclusions avec les événements du monde réel. Qu’Aristote ait proposé cette méthode et ses principes est une chose, mais que pendant environ 2000 ans on n’ait jamais, à quelques exceptions près, remis en cause cette façon de procéder, de disserter sur le monde et de s’en servir pour intervenir a quelque chose de troublant, après l’aube rayonnante de la philosophie grecque. Il est aussi étonnant qu’en même temps les technologies évoluaient, on construisait de cathédrales d’une architecture ambitieuse sans questionnement scientifique sur la mécanique de la chose, encore que quelques effondrements de voûtes aient quand même interpellé architectes et bâtisseurs pour introduire une approche géométrique et même expérimentale via des maquettes. Il n’en demeure pas moins que la médecine de Galien a fait un nombre considérable de victimes, que les inquisiteurs de tous poils ont fait torturer et exécuter beaucoup d’hérétiques et autres sorcières, le pire souvent pour leur bien à savoir la salut de leurs âmes, sans insister sur les reliques guérisseuses de certaines saintes et saints ! Il a fallu du temps et  beaucoup d’opiniâtreté pour refouler ces croyances, changer ces pratiques et développer une véritable méthode scientifique, pratiquement jusqu’à la révolution copernicienne et à Galilée.

Mais alors me direz-vous pourquoi ce bref historique ? Tout d’abord pour conseiller la lecture de l’ouvrage de Bertrand Russell : Science et religion[1]. Ensuite parce que la question peut encore se poser dans deux domaines : l’écologie et l’économie où la croyance et le discours dogmatiques ne sont pas absents et peuvent être vus comme ayant valeur de preuves. De plus, à mon grand désarroi, les modèles sont des vecteurs de ces nouveaux discours dogmatiques, alors que précisément les « bonnes pratiques » de ces objets et de cette méthode devraient l'éviter avec le nécessaire recours à la réalité pour la construction, la validation et l’utilisation des modèles.

Puisqu’il est question de modélisation, nous pouvons penser aux mathématiques. Certains pourraient dire que précisément c’est le domaine par excellence du champ autonome, qui pourrait être considéré comme le parangon du dogmatisme : les résultats, à savoir les théorèmes, sont déduits à partir d’axiomes en appliquant des règles logiques et des transformations rigoureuses, indépendamment d’une interprétation  quelconque dans le monde réel. On peut rétorquer deux choses, d’abord que cette discipline s’est développée pendant longtemps et, encore beaucoup, pour résoudre des problèmes de ce monde, ensuite qu’elle n’a aucune prétention à dicter le comportement des objets de ce monde, notamment celui des humains, tout au plus d’en représenter quelques uns. Dans ce cas, l’objet mathématique est un modèle et doit être manipulé avec précaution en vérifiant le degré d’adéquation avec ce qu’il est censé représenter. Sans plus, sauf de se livrer à des jeux intellectuels, au demeurant très intéressants, par exemple pour se donner des idées, ils n’ont aucune prétention à dicter les comportements ou des actions, sans autres minutieuses vérifications et développements.

Revenons à nos préoccupations, ce qui unit économie et écologie, c’est d’abord le préfixe « éco », du grec oïkos « maison » : économie vient du latin oeconomia, du grec oikonomia, l’art de bien administrer une maison[2], de gérer les biens d'un particulier ou par extension des biens communs, puis ce qui concerne l’ensemble des activité humaines donnant lieu à des échanges de biens. Ensuite, c’est que ces deux domaines revendiquent un statut scientifique et ont des facettes politiques (écologie politique, économie politique), domaines de la réflexion et de l’action. Ces deux disciplines sont aussi des grandes utilisatrices de modèles mathématiques. Elles s’intéressent à des « systèmes complexes », sans en prendre forcément la mesure, notamment dans la modestie que nécessite l’approche de ces systèmes, modestie qui manque à beaucoup d’écologistes et encore plus d’économistes voire de politiques [3]. Enfin et c’est moins compris, elles délivrent parfois des discours dogmatiques : partant d’une idée a priori, elles déroulent un raisonnement qui fait penser à ceux de l’église, on fait fi des faits et des données pour aboutir à des conclusions donnant lieu à des prescriptions dans lesquelles on s’enferme, on s’enferre, on impose. Le plus grave est que les mathématiques servent à dérouler ces discours, elles sont bien adaptées à la formalisation de ce type d’approche, et leur rigueur donne une illusion de certitude : « c’est vrai parce que c’est mathématique ». Encore une fois cette démarche est scientifiquement efficace si le recours aux données, issues de l’observation ou de l’expérience, est systématique. Parmi les a priori dans les deux domaines : la croyance dans un état d’équilibre vers lequel un système économique ou écologique est censé aller spontanément. Par exemple, il est étonnant d’entendre les commentateurs de la Bourse annoncer que les cours sont proches de l’équilibre… état que la simple consultation des variations quotidiennes montre qu’il n’existe pas et si l’on réfléchit un peu, si l’on a un brin de culture scientifique, qu’il ne peut pas exister et qu’on peut quand même s’en passer pour agir intelligemment. Le manque de modestie caractérise ceux qui en parlent de façon péremptoire. Il le faut car leur crédibilité est mise en cause tous les jours. C’est ainsi que de nombreux prêtres ont, pendant des siècles, berné des millions de fidèles, alors que la dimension religieuse pouvait se comprendre autrement et plus utilement. Pour l’écologie, le dogme de l’équilibre est aussi présent. Autre principe dont on ne discute pas : la compétition, ou la concurrence, pour expliquer les dynamiques économiques et écologiques… Le champion dans ce domaine a été sans doute Garrett Hardin, écologiste devenu économiste[4]. Sous une objectivité scientifique supposée apparaît nettement une imprégnation idéologique ultralibérale. C’est d’ailleurs un danger de ce type d’assimilation : la compétition est « naturelle ». Il est tout aussi naturel qu’elle s’exprime et comme il ne faut pas aller contre la nature, il faut la préserver voire l’encourager en économie et plus généralement dans nos sociétés. C’est d’abord ignorer que la coopération est tout aussi naturelle, comme tout un tas d’autres choses, tant la nature est un capharnaüm, et ensuite que l’une des caractéristiques « essentielles » de l’être humain est précisément de pouvoir échapper au naturel et que les familles et les sociétés humaines ont d'abord été constituées sur la coopération: les petits des humains ne surviveraient pas longtemps sans l'attention des parents et des autres qui les entourent.

On pourrait multiplier les exemples, le pire c’est cette confusion entre types de langages qui mène à imposer un ordre social ou écologique sur des bases purement idéologiques ou sur des croyances, comme la convergence vers un équilibre, ou que la concurrence est le principal vecteur du « progrès » économique et de la dynamique écologique. Notons néanmoins que l’écologie s’implique plus dans l’analyse des faits et données que l’économie, de même pour la modélisation qui les prend en compte, mais sans en tirer toujours les conséquences, par exemple en ayant implicitement une vision fixiste de la nature. Il reste aussi que le langage, notamment le vocabulaire, dit aussi être manié utilement : "Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde" (Albert Camus).

Conseils de lecture :

ww.bpi.fr/economie/rene-passet-une-conception-originale-de-leconomie

https://lejournal.cnrs.fr/articles/leconomie-malade-de-ses-modeles

Pour l'écologie, la critique de l'utilisation du modèle "aire-espèces" pour évaluer les extinctions :

He F., Hubbell S. P. (2011) Species-area relationships always overestimate extinction rates from habitat loss. Nature, 473, 368-371.

C'est en particulier sur cette base que les discours catastrophistes sur la 6e grande extinction sont construits.

L’échange :

http://www.taieb.net/auteurs/Walras/mech_gf.pdf

La réponse de Walras à Poincaré est d’ailleurs curieuse. Il utilise des mathématiques et de façon plutôt élémentaire. Pourquoi s’est-il maladroitement placé sur le terrain d’un des plus grands mathématiciens de tous les temps ? Mystère, car il démontre ainsi qu’il n’a pas bien compris les critiques de Poincaré.

Bien d’autres références pourraient être citées, notamment celles qui sont critiques aussi bien en écologie qu’en économie et que pour la modélisation, et qui ne sont jamais prises en compte, notamment par les politiques.

 

[1] Cf. par exemple l’édition chez Folio, même si l’on peut regretter que la traduction ne soit pas à la mesure du contenu philosophique de l'œuvre.

[2] En fait l’invention du mot écologie revient au biologiste allemand E.H. Haeckel (originellement Ökologie), sur la base des racines grecques oikos et logos : discours sur la maison. Pour économie, l’origine est oikonomos, administration de la maison, repris au moyen-age du bas latin : oeconomus, celui qui administre les biens (d’une église, d’ue congrégation). Réf., Dictionnaire historique de la langue française, dir. Alain Rey, ed.Le Robert).

[3] Dans nos sociétés, aujourd’hui, nous constatons, dans de nombreuses organisations, l’émergence d’une médiocratie succédant à une méritocratie… Il y a un moment que je le pense, sans le dire, mais j’ai entendu récemment une collègue en parler intelligemment à la radio ! Je saute sur l’occasion pour enfoncer le clou.

[4] Hardin G. The Competitive Exclusion Principle. Science, 131, 1292-1297, 1960.

   Hardin G. The Tragedy of the Commons. Science, vol. 162,1243-1248, 1968.

_____________________________________________________________________________________________________________

 

Le 10 aout 2015 : Je viens d’apprendre le décès de Pierre, de Pierre Lemoine, qui exerça son ministère dans la commune de mon enfance. Nous avions gardé un fort lien d’amitié car nous partagions les mêmes valeurs et, au delà de la religion, nos idées étaient très proches. Pour ceux qui s’étonneraient d’une telle amitié entre un scientifique incroyant et un prêtre catholique, je cite un passage d’un de ses derniers messages qu’il m’a envoyé, dont d’aucuns se souviennent sûrement de l’origine : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

 

C’est donc une très mauvaise nouvelle que j’ai reçue ce 15 août dans la lointaine « France équinoxiale ». Ma première pensée a été pour lui et pour Monique qui l’a accompagné une grande partie de sa vie.

 

Cependant, la tristesse qu’entraine cette nouvelle est pondérée par le souvenir des dernières visites que je lui ai faites, par son accueil amical, chaleureux et même enthousiaste, par celui de la lettre, la plus belle et profonde de toutes, qu’il m’a écrite à la mort de Marie, par les nouvelles qu’ils me demandait de ma famille, notamment de Marc, ainsi que de mes amies et amis, même celles et ceux qu’il ne connaissait que par mes dires. Plus anciennement, je me souviens aussi de nos longues discussions qui m’ont ouvert l’esprit sur beaucoup de dimensions humaines de notre vie en société et même sur l’évolution de l’homme tant il était un admirateur d’un autre Pierre, Pierre Teilhard de Chardin. Il a sans doute contribué à ce que j'y sois très tôt sensible et surtout à ce que je m’évertue à ne pas devenir un être borné.

 

Noue avions envisagé, comme je le fais parfois ailleurs, qu’un jour prochain je vienne rendre visite aux enfants de Rai, au sein de leur école, selon ses suggestions pour leur parler de l’histoire d’un scientifique, passant « de son laboratoire à l’Amazonie », des bancs de son école, de leur école, à une autre école qualifiée de « grande », à l’université, au CNRS, à une académie nationale et à se promener sur la planète au gré de invitations de ses collègues. En gros de raconter une « aventure scientifique et humaine ». Il s’agissait aussi et avant tout d’évoquer les allers-retours entre cette école de Rai et le presbytère au cours desquels nous prolongions à l’envi nos édifiantes discussions, où l’humour ne manquait pas. J'ai trouvé que cette idée de parler aux enfants de Rai était bonne et j’étais prêt à le faire. Le temps a manqué pour qu’il puisse en voir la réalisation, maintenant compromise, car il demeurait mon dernier relai avec la commune de mon enfance et ses habitants.

 

C’était un homme de bien et en cela il est au paradis, à savoir celui de notre mémoire personnelle et collective.

----

Photo : Pierre et Monique, Rai, jardin du presbytère, mai 2014

 

_______________________________________________

 

Encore à propos de la biodiversité et... du hasard

 

Sans le vouloir vraiment, plutôt par nécessité mais aussi par curiosité, je me suis attaqué à deux questions ardues : celle de la biodiversité et celle du hasard. Elles ne sont d’ailleurs pas indépendantes. Difficiles, certes, mais pas insurmontables. Les deux sont esquissées dans l’ouvrage « La nécessité du hasard », puis dans un article ayant, d’ailleurs, attiré l’attention d’un grand journal britannique (The Guardian) : « Necessity of chance: biological roulettes and biodiversity » (1). D’autres articles et ouvrages postérieurs y font allusion, dont le dernier « Les cailloux du petit Poucet ». Deux événements récents m’ont montré l’ampleur de la tâche : ce qui pouvait sembler deux sommets difficiles, mais pas insurmontables, m’apparaissent aujourd’hui comme gigantesques : l’Everest et le K2 combinés, ou si l’on prend une autre image : la face ouest des Drus et la face nord de l’Eiger. Je pensais très naïvement avoir bien avancé, pour m’apercevoir que la paroi résiste au grimpeur solitaire et pire à des cordées, et si les membres hésitent quant au chemin à prendre, il est fort à parier qu’on n’ira pas loin. C’est ce qui est arrivé récemment.


Le hasard : après donc des tentatives solitaires, la question a été reprise dans le cadre d’un travail collectif très stimulant, avec des discussions parfois chaudes, nous rédigeons à quelques uns un chapitre sur le sujet pour le livre concrétisant ce travail: « Evolution, des galaxies aux sociétés humaines ». Las, au dernier moment, peu avant de boucler quelques co-auteurs s’opposent à sa publication, sans pour autant que nous ayons eu, auparavant, connaissance explicite des réticences. A titre personnel, cela me chagrine un peu, mais ayant ne partie utilisé le résultats de ces réflexions, dûment cités pas anticipation, je m’étais rendu compte que des difficultés persistaient (Cf., Les cailloux du petit Poucet). Nous étions encore loin du sommet. Mais peu importe il me semblait que nous avions progressé.


Nous touchons ici une autre difficulté lié au fonctionnement de la communauté scientifique et de ses institutions, comme nous allons le voir ci-dessous : pourquoi dans un ouvrage collectif, sur un sujet quelconque et d’autant plus s’il est ardu, ne pourrions-nous pas présenter des points faisant consensus et d’autres ne le faisant pas ? Et pourquoi cette tentation au blocage ? Si un grimpeur garde jalousement la carte de la voie qu’il a tentée, les suivants ne pourront pas en profiter qu’il ait réussi ou non. Et dans une cordée, si quelqu’un bloque, le risque est grand de dévisser.


Il n’y a pas de honte, la question du hasard est très ancienne, beaucoup y ont réfléchi avant nous, le tout est de savoir si nous avions progressé. Je pense que oui et même sacrément. Je ne désespère pas, il y a gros à parier ue nous allons nous remettre à la tâche, moi le premier.


Pour la biodiversité, les cadres sont différents : d’une part, une série de conférences données en Australie intitulées « Debates about biodiversity, scientific and social issues », d’autre part un travail collectif dans le cadre de l’Académie des technologies sur le sujet : « Biodiversité et aménagement des territoires ». En Australie, de Perth à Sydney en passant par Adélaïde et Melbourne, au cours des conférences données, je parle de l’érosion de la biodiversité, avec quand même quelques doutes, suite à l’effort de bibliographie que j’ai fait pour préparer ce cycle et quelques acquis précédents . Puis, au milieu de mon périple, un communiqué, à l’occasion du G8 de mai 2012, les Académies des Sciences de 15 pays ont envoyé un message en direction des gouvernants concernés. Elles identifient trois thèmes prioritaires : l’interdépendance des besoins en eau et en énergie, la gestion des risques majeurs, naturels et technologiques et la réduction des gaz à effet de serre. Tout cela est fort clair et pertinent, mais ce qui relève de la biodiversité est singulièrement absent; Pourquoi alors qu’on nous en parle presque quotidiennement ? Enfin, lors de ma dernière conférence à Sydney, je fais part de mes doutes, un collègue Australien me pose la question: « Ne pensez-vous pas que le concept de biodiversité  est un concept faible ? ». Je pense que j’ai répondu : «  je me pose aussi la question ».


Par ailleurs, dès 2009, j’avais tenté de sensibiliser l’Académie des technologies à la question, lors d’un exposé en séance plénière qui a rencontré un succès inattendu. Puis, en 2010, je prépare une contribution de l’Académie à l’occasion de l’année de la biodiversité, en prenant de consulter largement des collègues, notamment du CNRS. Je reçois alors une critique brève et assez sévère de la part d’un confrère, qui me prend de court. Cela étant, je ne désespère pas et, en 2011, je propose de créer un groupe de travail en partant de la question : Comment concilier activités humaines et maintien d’une nature viable, vivable et agréable en valorisant sa biodiversité ? Le groupe va concentrer sa réflexion sur le thème « Biodiversité et aménagement des territoires ». Progressivement, ses travaux et auditions vont l’amener à élargir sa réflexion, tout en se recentrant périodiquement sur sa question centrale. Puis arrive le projet de loi sur « la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » et l’idée d’émettre un avis non pas précisément sur cette loi, mais sur le sujet plus vaste de l’expression juridique des préoccupations sur la biodiversité. Tout d’abord, les juristes du groupe nous livrent un bref historique. Ce n’est pas nouveau, même si d’autres mots étaient utilisés. On parlait de protection de la nature, ou de certains type d’écosystèmes, d’espèces ou ensemble d’espèces symbolique, etc. il nous apparaît alors que l’expression est de nature fixiste. De plus, les humains ne peuvent que dégrader. Le Jardin d’Eden n’est pas loin, Dieu et Lucifer, Adam et Eve non plus. Nous débattons longuement et repérons beaucoup de faiblesses dans les discours, y compris scientifiques, sur la biodiversité, quand il ne s’agit pas d’erreurs majeures, même dans des articles de grandes revues internationales. Par ailleurs, certains événements, à la limite du ridicule, nous alertent: l’argument biodiversité est parfois agité pour contrecarrer des projets au point qu’on peut se poser la question : s’agit-il de préserver une espèce ou de intérêts particuliers? Question à laquelle mes collègues sociologues m’avaient sensibilisé quand j’œuvrais au sein des programmes interdisciplinaires de recherche sur l’environnement du CNRS. Passons sur les détails, nous aboutissons à un projet d’avis de l’Académie sur le sujet. Nous passons de l’échelle du groupe à celle de l’ensemble de l’Académie. Les discussions sont agitées. Outre diverses sensibilités sur la question et, comme souvent, s’exprime le désir du politiquement correct, du « respect » du pouvoir politique, il faut limer, supprimer, ajuster, au risque d’aboutir à l’insipide. Après quelques débats,le bureau de l’Académie, dans sa grande sagesse propose un débat contradictoire. Un point important à souligner est la nécessité de refondre le concept scientifique qui a perdu de sa pertinence.


Ce débat a eu lieu est d’après ce que je peux savoir, à la grande satisfaction des membres présents. Un avis, ou une opinion sera publié(e) à l’automne. En attendant, je le suis livré à un exercice sur un point contesté, celui de la relation « aire-espèces » dont l’utilisation fait objet de débat. Cette contribution n’est pas complètement bouclée, mais déjà suffisante pour attirer, à mon sens, l’attention des lecteurs (cf. document pdf à télécharger). Peut-être en ferais-je une version publiable, mais l’accumulation des publications afin d’augmenter un indice que je critique vivement par ailleurs, ne m’intéresse guère. En revanche, je serais reconnaissant aux lecteurs qui en feront une utilisation quelconque, de la citer… quand même.

Le contenu est susceptible d'évoluer en fonction de mes lectures et réflexions, mais le fond ne risque pas beaucoup de changer !
Biodiversité-complément ludique V2 (AP) [...]
Document Adobe Acrobat [3.8 MB]

----------------------------------

 

Réforme(s)...

 
Je suis étonné qu’on navigue à coups de barre pour conduire des systèmes aussi complexes que l’éducation nationale. Ne pourrait-on pas utiliser des méthodes plus souples comme une « gestion adaptative » et progressive ? Je m’explique, les collègues des sciences de l’ingénieur ont mis au point ce qu’on appelle le contrôle (ou la commande) adaptatif(ve) pour conduire des systèmes technologiques en fonction d’un objectif à atteindre. Pourquoi ce concept ne pourrait pas être repris au lieu de bousculer le système avec de multiples « commandes » simultanées, avec de risques de contradictions internes, d’incohérences, de fatiguer et de mécontenter les usagers et et les acteurs de ce système, voire de déclencher des « guerres de religions ». Mais une telle pratique, très pratique, n’est sans doute pas enseignée ni à Science Po, ni à l’ENA. Un gouvernement avec quelques scientifiques et ingénieurs ne serait pas ridicule et sans doute plus efficace que ceux qui nous gouvernent depuis longtemps. De telles compétences pourraient aussi être utiles pout constituer un véritable ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur. Son absence ne m’empêche pas de dormir mais me désole profondément.
 
Deux points de détail:
  • penser à mettre en oeuvre une démarche interdisciplinaire est louable, encore faudrait-il choisir des sujets adaptés. La liste proposée à titre d’exemple est curieuse. Intéressante sans doute à Bac + 5 ou 6, mais pas à Bac - 6 ou 7 ! Pour ceux qui seraient intéressés pour en savoir un peu plus que le mot, je me permets de recommander le chapitre 5 de mon dernier livre. Les autres chapitres peuvent aussi être consultés car des exemples concrets peuvent y être trouvés.
  • Le problème récurrent de l’évaluation: notes ou pas notes ? J’en ai entendu parler quasiment depuis ma naissance (je ne comprenais pas, mais ça devait me bercer). Je trouve cela amusant à une époque où les chercheurs sont maintenant évalués de cette façon, ridicule pour eux mais peut-être pas pour des élèves de classes primaires si en plus la note est accompagnée de commentaires. N’est-ce pas une mesure de l’acquisition de compétences ? 
  • A propos de l’évaluation des chercheurs avec l’indice h, bien que son inanité ait été montrée, que la démarche suivie exhibe le défaut récurrent de la confusion entre corrélation et causalité, qu’il est sans doute toxique, conduisant les chercheurs à publier à tout va avec les conséquences néfastes pour la recherche elle-même, la communauté scientifique l’utilise aveuglement et cela rassure sans doute le monde politique qui ne comprend vraiment rien à cette activité d’une importance cruciale pour la nation (cf. supra à propos de l’absence d’un MESR.
 
Bien d’autres points m’étonnent et me surprennent dans la « conduite des affaires »… Je continuerai à en faire part, de temps en temps.

 


__________________________

 

La Biodiversité va avoir une loi, qui n'est pas une "loi de la nature"

À propos de biodiversité, il me semble nécessaire de donner quelques précisions, d’autant plus qu’une loi sur le sujet a été discutée à l’Assemblée Nationale récemment.

Tout d’abord rappelons que la biodiversité est d’une grande importance à plusieurs titres pour nos sociétés. Il est fondamental de l’étudier pour appréhender la dynamique du monde vivant. C’est aussi l’un des sujets actuels les plus médiatisés.

Ce néologisme créé en 1985, par Walter Rosen, a été développé en 1988, par Edward Wilson ; il a connu ensuite un grand succès aussi bien scientifique que médiatique, populaire et politique, notamment à la suite de la conférence de Rio en 1992. Auparavant, on parlait de diversité ou de variabilité biologique pour désigner les différences entre les êtres vivants, termes d’ailleurs toujours utilisés, mais limité au monde des biologistes.

Cette diversité nous est immédiatement sensible : sauf pour les jumeaux homozygotes, et encore, nos collatéraux ne nous ressemblent pas exactement, pas plus que nos enfants. On peut tout au plus détecter des « airs de famille ». Autour de nous, nous voyons des êtres vivants de différentes natures, les uns sympathiques ou inoffensifs d’autres moins. De fait cette diversité est observée à tous les niveaux d’organisation du monde biologique, du gène à l’écosystème : diversité des structures, des fonctionnements, des comportements, et des interactions.

La description et l’analyse de ces diversités permettent de mieux comprendre le vivant et son évolution, de mieux vivre avec. Déjà un vaste champ d’investigation, par exemple, la taxinomie permet de classer et de nommer des groupes homogènes, qu'on appelle espèces, puis en regroupant progressivement ces groupes, des genres, des familles, etc. Un autre exemple est la classification phylogénétique ou évolutive qui établit des relations de proximité au cours du temps; elle traduit l'évolution des êtres vivants. D'autres classifications sont possibles à partir d'autres critères, par exemple fonctionnels (par exemple, les organismes autotrophes ou hétérotrophes). La classification peut être décrite avec un vocabulaire ensembliste : deux classes sont distinctes, l'intersection des deux sous ensemble est vide.  

L’invention du mot biodiversité a conduit à élargir encore le concept en introduisant les multiples relations entre les humains et les autres êtres vivants de la planète : dimensions économiques, anthropologiques, symboliques, psychologiques, religieuses, etc. Sur le plan scientifique, l’écologie et les disciplines satellites, comme la biologie de la conservation, se sont appropriées le concept, rejointes par des sciences sociales (par exemple, la géographie, l'économie,  l'anthropologie). En revanche, les sciences de la vie, au delà de l’écologie, se sont peu mobilisées. Par ailleurs, le terme a été adopté par de nombreux acteurs sociaux. Il s’est peu à peu substitué au terme de nature.

Cependant, l’élargissement du concept a contribué à l’affaiblir. Déjà Condorcet remarquait que : « La nature est un de ces mots dont on se sert d’autant plus souvent que ceux qui les entendent ou qui les prononcent y attachent une idée peu précise ». On peut, aujourd’hui, en dire autant de la biodiversité. Concept de plus en plus évanescent, il devient difficile à cerner et à quantifier. Les discours tenus à son sujet sont souvent approximatifs et simplistes. Le recours à l’espèce comme référence presqu’unique, ainsi que des visions catastrophistes en sont des exemples. L’argument de la biodiversité, pourtant légitime, est parfois abusif et peut servir de prétexte pour contrer des projets, par exemple d’aménagement des territoires (barrages, aéroports, autoroutes, exploitations agricoles, etc.), inversement, il est utilisé pour justifier l’attribution de protections juridiques de différentes natures à des espaces (par exemple des réserves de divers) ou à des « espèces ». Ces discours affectent la consistance que les scientifiques, avec difficulté, tentent de donner au concept.

Sans entrer plus avant dans le détails, on note que les discours, même de certains scientifiques, présentent de grandes lacunes que plusieurs d’entre nous ont souligné à diverses reprises, mais dont il n’est jamais tenu compte. Quelques exemples :

  • On note ce qui disparaît, pas ce qui apparaît, or souvent, quand un milieu est perturbé, c’est un changement de biodiversité et non pas une perte
  • Les processus de diversification ne sont pas étudiés, ni évidemment évalués, souvent par ignorance de chapitres entiers de la biologie
  • Derrière les discours, on peut souvent déceler des idées fixistes, nous sommes loin de conceptions évolutives
  • Les méthodes d’estimation de la biodiversité donnent des résultats très imprécis, il est rare que les incertitudes soient évaluées
  • Le mythe de la 6e extinction est avancé, même sur le site du ministère de l’écologie (d’ailleurs, quelle drôle d’idée que de donner un nom de discipline scientifique à un ministère, c’est aussi vrai pour un parti politique !). Ceux qui l’avancent montrent encore une grave ignorance de ces phénomènes passés. Quant à mesurer des vitesses d’extinction à partir de données paléontologiques, pour comparer aux actuelles, elles-mêmes très imprécises, c’est un grand folklore
  • Dire que la biodiversité est bonne en soi est une grave erreur : penser aux divers pathogènes qui vous rendent malades et peuvent même vous faire mourir
  • Avancer les services des écosystèmes est une bonne chose, à condition de pondérer en mentionnant aussi ce qu’on appelle des « disservices ». Ainsi, les zones humides peuvent avoir un rôle de dépollution, mais elles peuvent être le refuge de pathogènes et de vecteurs de pathogènes. Elles dégagent aussi souvent du méthane. Il est nécessaire de faire des bilans
  • On fait plus confiance aux ONG et associations qu’aux scientifiques compétents : « Le Panda pèse plus lourd que le CNRS » (Jacques Weber-. Par exemple, peu sont invités aux "Conférences environnementales" organisées par le gouvernement.

On pourrait multiplier les exemples. De fait, et c’est sensible dans le discours de Mme la ministre qui a présenté le projet de loi sur la biodiversité, la conception est fixiste, presque religieuse (on parle d’harmonie, d’alliance, quasiment au sens biblique, d'anthropomorphisme, par exemple quand la solidarité entre les êtres vivants est avancée). La loi au sens juridique remplace alors la connaissance scientifique, notamment les « lois de la nature » que les chercheurs essayent d’énoncer au prix d’un lourd travail. Le gestionnaire, l’administratif, le juridique, le politique se place, de fait, au-dessus de la science. La loi sur la biodiversité n’est pas qu'un acte politique, c’est une prise de position idéologique, un brin de démagogie pour satisfaire les écologistes (mais pas les écologues et encore moins les biologistes) et la traduction évidente d’une certaine ignorance scientifique. Une telle loi pourrait prêter à sourire, si elle n’était pas sans risque, pour la biodiversité en premier !

Cette position est personnelle, mais, je la sais partagée et certaines grandes Académies ont des idées voisines. Elles s’exprimeront sans doute prochainement.

Quelques références récentes

La biodiversité en question – Enjeux philosophiques, éthiques et scientifiques, sous la direction d’Elena Casetta et Julien Delord, Préface de Jean Gayon, Éditions Matériologiques, Paris, 2014.

Dornelas M., et al. Assemblage Time Series Reveal Biodivesity Change but Not Systematic Loss. Science, 2014, 344, 296-299. 

Costello M.J., May R.M., Stork N.E., 2013, Can We Name Earth’s Species Before They Go Extinct? 339, 413-416, 2013. Cet article fait le point sur les quantités raisonnables à retenir en matière de biodiversité.

 

Arnould P. Biodiversité, la confusion des chiffres et des territoires. Ann. Géo, 651, 2006, 528-549.

 

 

Le discours de Ségolène Royal à l’Assemblée nationale présentant la loi sur la biodiversité :

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/15041-3_loi-biodiv_nouvelle-harmonie.pdf

 

Et de très nombreuses autres publications, par exemple, celles citées dans les ouvrages mentionnés sur cette page, notamment le dernier (cf. ci-contre et ci-dessous).

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Le hasard dans les systèmes vivants (suite !)

 

Je suis tombé « par hasard » sur cet article (The Guardian, 18 janvier 2015, Par Alice Roberts): 
 
 
où l’on trouve (à peu près au milieu) :
 
Chance is hugely significant in biology. In fact, the presence of apparent randomness in so many aspects of biology – from mutations in DNA to the chance involved in that one sperm reaching that one egg that became you – suggests that randomness is useful, even necessary, in very many cases. The French biologist Alain Pavé has suggested that some biological mechanisms have evolved specifically to produce random events – to introduce chance. The existence of these mechanisms seems to have provided their owners with a survival advantage. He likens such mechanisms to biological roulette wheels. The events leading to conception, resulting in the infinitesimal chance of that one sperm meeting that one egg may be one such game of biological roulette. Another example is the random generation of antibody proteins, which pumps out a huge variety of antibodies and improves the chance of finding one that might “match” and help to destroy an invading bacterium. And ultimately, biodiversity may depend on such built-in biological games of chance.
 
L'idée fait son chemin, lentement bien sûr puisqu'elle bouscule bien des présupposés. L'article entier vaut la peine d'être lu.
 
Références :
 

Pavé A. La nécessité du hasard – Vers une théorie synthétique de la biodiversité. EDP-Sciences, 2007, 192p.

Pavé A. On the Origins and Dynamics of Biodiversity : the Role of Chance. Spinger, New-York, 2010.

Pavé A. Necessity of chance: biological roulettes and biodiversity. CR-Biologies  330 : 3, 2007, 189-198.

->Fichier (Cf., page "choix de publications à télécharger") : 45-AP-NoC-BioRou-CRBio330-2007.

Pavé A. La course de la Gazelle. Biologie et écologie à l’épreuve du hasard. EDP-Sciences, Les Ulis, 2011

 

Et mon dernier ouvrage :

Pavé A. Les cailloux du petit Poucet - Du laboratoire à l'Amazonie, à propos du vivant et des sciences qui en parlent. EDP-Sciences, 2015.

Cf., ci-dessous.

On peut également consulter d'autres ouvrages, par exemple sur la modélisation, mais leurs contenus sont assez techniques. Tous comportent néanmoins des parties très accessibles, des réfexions scientifiques plus générales.

____________________________________________________________________________________________________________

En librairie le 5 février 2015

====================

 

Charlie Hebdo 

 

En souvenir et en hommage à Georges Wolinski. Le 26 février 2013, il était l’invité de France Inter. Il faisait un dessin pour chaque émission de la journée.  Ce jour là, j’étais à «  La tête au carré ».  La rédaction de l’émission m’a obligeamment envoyé ce dessin jeudi matin.

Une pensée émue pour ce grand dessinateur, à ses collègues et amis qui étaient aussi les nôtres et à toutes les victimes de cex assassinats odieux, barbare et imbécile. 

Charlie Hebdo n’a pas été tué, il survivra et se développera ainsi que les valeurs communes qui nous unissent, l’esprit indépendant, critique frondeur et son humour qui nous caractérisent. Rappelons-nous, la réponse de Charles de Gaulle au slogan « Mort aux cons » : « Vaste programme » répondit-il. Et des millions d’autres exemples qui émaillent notre histoire. Nous nous rassemblons au delà de toute espérance, la France existe et, en ces jours, les français le montrent brillamment.

Il reste à rendre hommage aux forces de l'ordre qui ont été aussi durement frappée et qui ont su avec grande compétence mener l'enquête et intervenir avec une aussi grande efficacité. Bravo au GIGN à la BAC/BRI et au RAID, avec une pensée pour ce dernier dont j'ai eu le privilège de connaître le premier chef, un homme de grande qualité, Ange Mancini, lorsqu'il était le préfet de Guyane. 

 

Au delà de ce drame nous pouvons être optimistes et même nous le devons.

 

-------------------------------


 

Suite à des demandes qui me sont parvenues récemment, le pdf de mon premier ouvrage : Probabilités, statistiques et biologie, écrit en 1975 avec Jean-Luc Chassé, est mis à votre disposition. N'étant pas un virtuose de la numérisation, la taille du fichier excède les possibilités de ce site. Les personnes intéressées peuvent me le demander, je leur enverrai avec plaisir en utilisant un autre vecteur.

 

---------------------------

 

Point de vue sur l'actualité scientifique et sur quelques autres événements  (le 18 novembre 2014)
 
Quand les ONG disent n’importe quoi : la FNH récidive
La FNH (NH, soit pour Nicolas Hulot, soit pour la Nature et l’Homme) avait déjà publié, il y a quelques mois cette « statistique » étonnante : une espèce disparaît tous les 20 minutes. Livrons nous à un petit calcul, c’est 26 280 par an. Si l’on admet l’estimation la plus sérieuse du nombre d’espèces actuel, à savoir 5 millions plus ou moins 3 millions, cela veut dire qu’en 100 ans entre la moitié et la totalité des espèces sur la planète aura disparu et de toute façon on ne devrait plus compter d’être vivants dans environ 300 ans. Le manque de bon sens, l’énormité de l’incohérence et l’immensité de l’ignorance  n’ont d’égal que l’incroyable aplomb de ces « communicants » !
 
Si l’on fait le bilan de ce qui se dit dans les ONG (et pas que la FNH) à propos de la biodiversité, c’est tout et n’importe quoi.
Un peu de sérieux serait le bienvenu ! Mais qu’importe, pourvu qu’on gagne de l’argent...
 
La fin du déterminisme de Laplace
Laplace pensait que si l’on connaissait les équations régissant tous les éléments de l’Univers, on pourrait, avec des conditions initiales données prédire l’avenir des tous ces éléments.
Or, après Poincaré, la sensibilité aux conditions initiales et le chaos déterministe, on sait que ce n’est pas possible, même en ayant un modèle parfait. Par exemple, on sait depuis les travaux de l’astrophysicien Jacques Laskar qu’il est impossible de prévoir les orbites des planètes du système solaire au delà d’un horizon de 60 millions d’années. De plus, les travaux de l’école de Nice ont montré que les trajectoires des planètes ont été très chaotiques au début du système solaire.
On convient maintenant d’appeler phénomène déterminisme, un phénomène dont on peut décrire le fonctionnement sans introduire de probabilités, par exemple sous forme d’équations différentielles, ce qui ne veut pas dire qu’il soit prédictible. 
 
Climat et économie
On ne peut que se féliciter des progrès récents concernant les réaction à l’évolution du climat. En revanche, lors du dernier G20, ce qui relève de la finance est encore timidement abordé. Or, s’il y a une catastrophe imminente prévisible, c’est bien celle due aux marchés financiers. Nous sommes exactement dans le pire des scénarios prévu par le modèle HANDY : l’écroulement de notre civilisation est à prévoir si rien n’est fait et sans doute bien avant que les incidences du changement climatique deviennent graves.
 
Comparer climat et économie est aussi intéressant du point de vue du modélisateur. D’un côté, celui du climat, la tendance est à avoir des modèles de plus en plus complexes et de taille croissante, pour l’économie on est aussi dans cette logique, pour une partie, mais aussi de faire des petits modèles plus globaux, au sens français du terme, certains diraient holistiques, L’avantage des petits modèles est qu’on les comprend et on les maîtrise mieux. Celui des grands et d’intégrer le maximum de connaissances, mais aussi beaucoup d’imprécisions. 
 
Qu’en est-il de leurs utilisation, par exemple pour la prévision ? Le choix des climatologues va vers le détail et l’augmentation de la complexité et de la taille, si bien que selon les choix faits, on aboutit à une diversité de modèles. Les mettre en oeuvre demande des moyens de calcul très importants. Les résultats obtenus, sont aussi très divers. On privilégie alors les comparaisons entre modèles, voire la moyennisation. Le GIEC, par exemple, fait un compromis entre les résultats obtenus grâce à divers modèles, sans être assuré que cette démarche soit solide. Enfin, le modèle peut devenir lui-même un objet d’étude.
 
Les petits modèles peuvent avoir de bonnes qualités prédictives, par exemple les modèles de croissance des organismes. Bien que, dans les détails, ce phénomène soit très complexe aussi, les modèles simples (globaux encore au sens français de terme), par exemple logistique, de Gompertz ou JPPS (Jolicœur, Pontier, Pernin et Sempé) pour la croissance humaine, ont de très bonnes propriétés. De plus on sait évaluer les incertitudes plus commodément que pour les grands modèles. 
 
Pour en revenir au G20 de Brisbane, heureusement que V. Poutine était là pour donner l’occasion de ne pas parler sérieusement des autres problèmes ! Ce fut le cas d’Angela Merkel qui une fois de plus se fait, par se biais, l’apôtre de la vertu financière.
 
Le ridicule de la commission européenne, au bord du scandale
A une période où les peuples doutent de plus en plus de l’Europe, on nous livre le spectacle ridicule d’une commission dont certains membres sont plus que contestables. Le  président en premier qui a soigneusement organisé ce qu’on appelle l’optimisation fiscale. On nous dit que c’est légal, bien sûr, mais c’est le cas aussi de la peine de mort dans de nombreux états du monde. Dans certains pays, les femmes n’ont pas accès à l’éducation, en toute légalité. Pour les autres regardez bien les vices-présidents, beaucoup sont issus des anciennes républiques de l’Est de l’Europe, dont la qualité majeure est d’être russophobes. Je n’insiste pas sur le nouveau commissaire à la culture… Mais il est vrai que ce mot devient au minimum peu connu sinon indécent ! Et pour la science… n’en jetons plus. 
Non nous n’avons pas besoin de tout cela. 
Cela étant, c’est aussi le résultats des dernières européennes où les français on fait n’importe quoi, notamment de s’abstenir et ainsi avoir une importante représentation FN, au moins inutile, sinon toxique...
L’Europe qu’on désire est loin. D’autant plus qu’après avoir mis beaucoup de pays à genoux, sous la houlette d’Angela Merkel (encore), l’Allemagne risque de suivre. Je ne m’en réjouis pas. 
 
Rosetta et Philae
Terminons sur un point plus optimiste, le splendide succès de l’espace européen (au sens scientifique et technologique). Certains peuvent penser que c’est cher tout cela. Rappelons que le coût total de l’opération de l’ordre d’un milliard d’euro ne représente que l’accroissement de la richesse annuelle de chacun des quelques 50 plus riches de la planète ! Chacun, pourrait offrir une mission de ce type chaque année et faire rêver l’humanité.
On boucle alors sur HANDY : l’appropriation par un petit nombre d'immenses richesses au détriment des autres est le danger le plus important, qui risque ne nous mener au désastre planétaire. 
Rosetta et Phliea un peu d’optimisme et de rêve, grâce à nos collègue de l’espace et de l’astrophysique, qu’il faut encourager, avant de plonger dans le cauchemar, qu’on peut peut-être encore éviter !
Salle de contrôle Jupiter à Kourou lors de la première tentative de lancement en 2004. Lancement reporté à cause de la météo.

À propos du Medef et de son Président, suite à son intervention à l’Académie des technologies du 10 septembre 2014

 
Il m’est arrivé de coopérer avec le MEDEF, avec certains de ses membres ou de ses experts, les résultats ont toujours été satisfaisants. Le mercredi 10 septembre 2014, Pierre Gattaz était à l’Académie des technologies, qui a l’habitude d’inviter des personnalités de premier plan des mondes politiques, économiques, technologiques et scientifiques. Bien que fatigué pas mes dernières activités, j’ai fait l’effort d'être dans la salle et plutôt séduit par le discours de l’orateur, même si j’émettais quelques réserves sur certains avis présentés. Dans ce discours, il était mentionné un « projet pour la France » que préparait le MEDEF et qui devait être présenté cette semaine. Je me suis dit que j’aurai préféré que ce soit le monde politique qui prépare et présente un tel projet. Celui-là en est manifestement incapable, à gauche comme à droite et ce n’est pas le retour maintenant annoncé de Nicolas Sarkosy qui va arranger les choses. Ce n’est pas non plus le discours du Premier Ministre ni la conférence de presse du président de la République. Alors pourquoi pas le MEDEF ?  Or, en début de semaine, nous avons eu droit à une nouvelle liste de revendications qu’on ne peut à nouveau que qualifier d’antisociale. Si le comportement au niveau des entreprises, auxquelles je suis attaché tant elles sont de première nécessité pour le pays, on comprend mieux ce qui se passe, même la grève des pilotes d’Air France à propos de laquelle d’ailleurs, je ne peux que blâmer ce qu’en a dit notre premier ministre. Ce n’est pas ainsi qu’on pratique le dialogue social… 
 
Vous avez sans doute remarqué comme moi que les salariés, employés du public comme du privé, sont fustigés parce qu’ils rechignent à voir leurs conditions de travail, de salaires et plus généralement sociales et de vie, être érodées, en constante dégradation. Ils ne sont sûrement pas contre le changement, contre le « progrès", je gage que si on leur propose des améliorations, il seront d’accord, même les pilotes d’Air France ! 
 
C’était une des questions à laquelle j’avais pensé. Une autre était: pourquoi la France est le 3e pays le plus innovant du monde, notamment grâce à ses chercheurs, du public comme du privé, nous somme en 23e place pour la compétitivité? Et que ne raconte pas que c’est uniquement dû aux « charges » sociales !
 
Bilan, le monde économique n’est malheureusement pas meilleur que le monde politique et nous n’avons toujours pas de projet pour la France… Par ailleurs, j’ai déjà proposé une explication des causes de l'incompétence générale de ces deux mondes, en France et aussi en Europe. Il est temps que d’autres s’y mettent !

 

A propos de mon cours sur la modélisation des systèmes vivants

 

N'ayant obtenu que peu de réponses au message ci-dessous, il ne m'apparaît pas utile de conserver ce projet.

 

Le 23 septembre 2014

 

Peut-être certains d'entre vous ont été potentiellement intéressés par ce cours, pour lequel il existe deux ouvrages de référence récents (cf. colonne de droite, l'un en français et l'autre en anglais). De fait, j'ai recontré des difficultés techniques liées au serveur d'accueil qui oblitèrent la réalisation de ce projet: notamment l'impossibilité de mettre en ligne des fichiers audio ou vidéo commodes d'accès. 

 

Je suis près à faire un effort particulier si un nombre suffisant d'internautes sont intéressés (au moins 20). A cette fin, je serais reconnaissant à ceux qui le seraient de m'adresser un message, avant le 1er juillet, à l'adresse suivante : alain.pave@univ-lyon1.fr

 

Merci pour votre patience !

 

AP le 12 mai 2014

Le 14 avril 2014

 

Des événements récents m'ont fourni l'occasion de préciser un certain nombre de notions faisant partie du vocabulaire scientifique et quelquefois aussi utilisées par les médias à diverses occasions. Par exemple, une confusion est souvent faite et entretenue entre déterminisme et prédictabilité. En fait et contrairement à une opinion répandue le premier n'implique pas le second. On trouvera les résultats de cette réflexion individuelle et collective ci-dessous.

La science est-elle dans les données ?
Dernière mise à jour : 26 mars 2014

Coucou me revoilà !

Je réagis à une phrase "La science est dans les données" lue récemment dans un document.
La science est dans les données.pptx
Présentation Microsoft Power Point [58.0 MB]

 

 Une nouvelle année, 2014 avec quelques nouveautés.

 

Le cours sur la modélisation des systèmes vivants et quelques conférences complémentaires seront accessibles sur la page dédiée de ce site. L'exposé préliminaire est disponible, ainsi que le cours sur le modèle logistique qu'on peut considérer comme introductif car à ce propos on retrouve les grandes lignes de la méthodologie, en plus de l'intérêt du modèle lui même. Je serais très reconnaissant à ceux qui le regarderont et l'écouteront me transmettent leurs commentaires et leurs critiques à mon adresse universitaire : alain.pave@univ-lyon1.fr


 

Je pense que mon prochain livre "Les cailloux du Petit Poucet" sera terminé et édité cette année. Quelques débats scientifiques actuels sont présentés à partir d'une expérience personnelle: la vie est mon métier, l'extraordinaire épopée des sciences de la vie,  l'emploi des modèles, souvent efficace mais parfois maladroit, l'incontournable hasard, sans qui la vie ne serait pas possible, une analyse de l'écologie comme discipline scientifique, ses difficultés et ses promesses ainsi que son domaine de recherche aujourdhui privilégié: la biodiversité, l'interdisciplinarité, encore et trop souvent maltraitée et enfin l'aventure scientifique en Amazonie illustrant les propos précédents.

J'ai hésité avant de donner une orientation auto-biographique, comme me le disait un des mes confrères: "La pemière qualité du savant, c'est la modestie". Il a raison et j'ai failli abandonner ce projet, mais il n'était pas possible de laisser sans réponse une question récurrente qui m'est posée lorsque je vais parler à des jeunes publics: "Expliquez-nous comment vous en êtes arrivé là?".

Malgré son titre, il ne sera sans doute pas accessible à de très jeunes, mais certainement à leur parents et enseignants qui, je l'espère, pourront servir de médiateurs, et bien sûr à des étudiants.

J'essaie aussi de montrer que la pratique de la science n'est pas réductible à des accumulations de résultats ponctuels, mais doit aussi porter sur une réflexion sur ses fondements, sur ce qu'elle apporte au delà du progrès matériel, que la controverse est un moteur essentiel de son fontionnement, qu'il faut la connecter à nouveau à la philosophie et qu'elle est en constant progrès. Elle n'est pas définitivement établie dans l'ordre défini par Auguste Comte. Il n'est pas non plus question de défendre une science désincarnée, mais une science impliquée et éthique, utile sur beaucoup de plans.

 

La science est néanmoins maltraitée et mal relayée. Alors qu'il n'y a pas dans l'histoire de secteur ayant montré une aussi grande "rentabilité", souhaitons qu'elle ne soit pas asservie. Les chercheurs et enseignants-chercheurs sont au service de la société. Ils participent au développement culturel et économique du pays. Ils sont aussi des experts qui peuvent être consultés, notamment prr le pouvoir politique, ce qui n'est pas tours le cas même sur des sujets qui relèvent de leurs compétences. Comme l'a écrit un collègue et ami à propos de la Conférence environnementale de septembre 2013, où la science a été peu impliquée : "Le Panda pèse plus lourd que le CNRS" (*)... 

 

(*) Jacques Weber, La conférence environnementale : où est passée la science", Valeurs vertes, 124, 2013.

 

Lire aussi : Le développement durable à découvert (sous la direction d'Agathe Euzen, Laurence Eymard et Françoise Gaill), CNRS éditions, 2013. 

Ce livre montre en quoi les scientifiques sont impliqués dans ce débat très actuel. Pourquoi ne pas en tenir compte mesdames et messieurs les tenants du pouvoir ?

 

Texte de conférences : Debates about Biodiversity, Scientific and Social Issues

 

This text has been written to support a serie of talks based on a same conference presented by the author in Australian Universities (Perth, Adelaide, Melbourne and Sydney), and French Alliances in Australia during may 2012. This conference, with some additional information, has been also presented in the framework of an Advanced Research Institute: the Studium (Orléans, France), at the beginning of January 2013. The author wishes to thank all colleagues for the splendid organization of conferences, their acute remarks, which permitted progressively to improve the text. An event occurred when I was in Australia: the message of 15 Academy of Sciences to G8 to alert about environmental major problems. Curiously Biodiversity was omitted. Maybe some aspects developed hereafter could give an explanation for this omission. When it has been published, I was travelling between Perth and Melbourne, and I had to take it into account in talks, which followed the first release presented at the Western University at Perth. It was a real challenge. We have also to underline the actual work of the French Academy of Technologies on “Biodiversity and Management of Territories”, which will be published during 2014.

 

 DOWNLOAD AT THE END OF THIS PAGE

 

Mise en ligne d'autres articles en pdf, à télécharger, sur la page dédiée : Choix de publications à télécharger.

 

Compléments sur le cours de modélisation


Dans le courant premier trimestre de 2014, je vais mettre sous forme vidéo le cours fait dans le cadre de la filière "BioInformatique et Modélisation" de l'INSA de Lyon. D'une durée d'environ 20 à 25 heures, il sera accessible sur ce site et/ou sur celui de mon laboratoire. Il s'appuie largement sur l'ouvrage "Modélisation des systèmes vivants, de la cellule à l'écosystème" (Hermès/Lavoisier, 2012) et de sa traduction en anglais "Modeling Living Systems, from cell to ecosytem" (ISTE/John Wiley, 2012) (cf. marge gauche de cette page). Ce cours et ces ouvrages résultent de plus de trente ans de pratique de la modélisation et de son enseignement aux étudiants en sciences de la vie de l'Université Claude Bernard (Lyon 1) et aux élèves ingénieurs, notamment ceux de l'INSA de Lyon. Un forum sera ouvert pour répondre aux questions des internautes et pour inciter au débat entre eux.

 

A cette occasion, pour ceux qui seraient intéressés, je ne peux que les inciter à acquérir l'un des ces ouvrages ou... les deux. Le prix peut paraître dissuasif à premières vue, mais en fait le texte de base correspond au contenu réel de quatre ouvrages: d'abord une partie épistémologique et historique, ensuite une longue partie sur la théorie et la pratique de la modélisation dans les sciences de la vie comprenant de nombreux exemples que j'ai traités ou auxquels j'ai contribué,  puis une ouverture critique sur le futur et sur le bons usage de la modélisation, et enfin, une partie technique présentant les principaux outils mathématiques utilisés et détaillant certains d'entre eux. De plus, disposer de deux versions du même ouvrage, l'une en français et l'autre en anglais peut être très utile: le français demeure une langue scientifique très vivante, particulièrement pour discuter "mathématiques"; de son côté l'anglais est devenue une (la?) langue scientifique internationale. Elle est donc incontournable. La traduction a été effectuée par des professionnels.

 

Lors de mon exposé oral je donnerai les repères nécessaires. L'accès à cet exposé sera gratuit. Et j'espère en fournir une édition bilingue, qui après réflexion sera sans doute sous-titrée (à propos d'un film tourné en Auatralie, auquel j'ai participé, j'ai remarqué que cette façon de faire était plus efficace que le doublage ou l'expression directe en anglais). 

 

 Emission "La tête au carré" du 26/02/2013 la vie à l'épreuve du hasard, vous pouvez écouter et lire les commentaires :

Cette émission à laquelle j'étais invité avec un collègue philosophe, Philippe Huneman, était consacrée à un sujet auquel j'ai consacré beaucoup de temps ces dernières années. J'ai écrit à ce sujet pour montrer que le hasard, souvent perçu comme négatif, est en fait essentiel pour la vie. Sans lui, pas d'évolution et donc pas d'êtres vivants sur la planète. Il n'est pas une entité évanescente mais est en partie "fabriqué" par les systèmes biologiques pour assurer leur survie et leur évolution. En ce sens, les processus qui l'engendrent sont des produits et des moteurs de l'évolution biologique. Cette nouvelle façon de voir conduit à rechercher ces processus à l'origine de la variabilté et de la diversité biologique. Les conséquences pratiques sont non négligeables, par exemple contrôler les mécanismes de diversification des microorganismes pathogènes pour mieux lutter contre eux, ou encore mieux comprendre la dynamique de nos grands écosystèmes, pour mieux les gérer. 

 

Merci à Mathieu Vidard, à Hugo Struna et à toute l'équipe de la "Tête au Carré". Je gage quand même que cette émission n'a pas été complètement due au hasard!

 

Comme toutes les émissions de France-Inter, celle-ci peut-être téléchargée. 

  http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-la-vie-a-l-epreuve-du-hasard#comment-283144 

--------------------------

 

Description du site :

 

Ce site commence par un bref CV ainsi qu’une liste de mes dernières publications (elles sont téléchargeables  grâce au lien qui suit chacune des références). Un dernier ajout: un texte sur l'interdisciplinarité au CNRS, qui résulte d'un travail collectif et dont j'ai assuré la rédaction (cf. le lien de téléchargement à la fin de cette page). On trouvera quelques commentaires sur ce texte dans la page actualité.

 

    Dans mon récit, on pourra trouver quelques éléments de ma jeunesse et une aventure scientifique que j’ai vécue ces dernières années. Elle illustre bien une démarche typique de recherche scientifique, même si elle est quelque peu exotique.


    Mon métier est la recherche et l’enseignement. J’ai néanmoins consacré une partie importante de mon activité à l’animation et à la gestion de dispositifs scientifiques, aspects peu développés dans mon RÉCIT. Le lecteur curieux pourra en trouver un exposé dans ma biographie sommaire téléchargeable (cf. FICHE PERSONNELLE) et, pour les événements récents, à la page ACTUALITÉ où j’exprime notamment mon désaccord quant à la politique actuelle en matière de recherche et à sa déclinaison au CNRS. Si, sur le fond, je suis en accord avec la politique d’autonomie des universités, en revanche, la mise en place précipitée pose problème. Et l’attaque manifeste contre le CNRS, vieille antienne d’une droite réactionnaire et d’une gauche non moins réactionnaire, est porteuse de dangers pour notre système de recherche, pour ses personnels, et aussi pour les universités et ses partenaires qui travaillent en bonne intelligence et complémentarité avec ce grand organisme depuis 50 ans, organisme que le monde entier nous envie. Pour des raison de simplicité le document correspondant peut aussi être téléchargé grâce au lien en bas de page.

   

Sur le site du CNRS Guyane l’internaute intéressé trouvera des informations sur la recherche en Amazonie menée pas le CNRS : http://www.guyane.cnrs.fr/

 

NOUVEAU !!! L'écologie est une discipline scientifique solide et d'avenir, mais elle souffre d'un handicap : la confusion avec des mouvements politiques et une forte impregnation idéologique avec des relents de fixisme, sans que les écologues, c'est-à-dire les scientifiques spécialiste de cette discipline, en aient le plus souvent conscience. Ce point de vue est développé dans un texte téléchargeable (cf. bas de page).

 

L’incertitude est une propriété fondamentale de notre monde, or cette propriété est niée, pour éviter ses «excès» il importe de mettre en place des régulations, en revanche trop de contraintes risque de «geler» les systèmes visés et d’oblitérer toute évolution. S’il importe de bien contrôler un procédé industriel, en revanche laisser des écosystèmes à leur propres dynamiques est essentiel pour préserver leur biodiversité et les propriétés qui en dérivent. Que dire du système économique international? Comme tout système il doit être régulé, le tout est de définir le niveau de régulation, notamment celui son volet financier. N’étant pas spécialiste de la question je ne peux pas en dire plus, sinon d’affirmer la nécessité d’une régulation. Le lecteur intéressé pourra pourra trouver des détails dans le fichier téléchargeable en bas de page.

 

Une aventure personnelle et professionnelle

 

Ma trajectoire professionnelle, celle d’un enseignant-chercheur, présente, je le pense, quelques originalités, c’est pour cette raison que j’ai décidé de la présenter sur un site accessible à tous. Elle pourrait peut-être inspirer quelques vocations en montrant que la science, que la recherche scientifique, avec toutes ses exigences n’est ni triste, ni pénible et qu’elle peut même mener à une véritable aventure. J’ai eu la chance pendant de très nombreuses années d’avoir un milieu familial stimulant en même temps qu’un havre affectif apaisant et permettant de se ressourcer. Cadre brisé par la tragédie d’une disparition, mais m’ayant tellement marqué, que la suite a tout simplement pu exister et me faire exister.

 

Ingénieur de formation, avec un complément en mathématiques, informatique et en statistique, avec la ferme intention d’exercer dans le milieu industriel, j’ai été détourné de cet objectif initial, après avoir fait une thèse dont l’intention était de valoriser mon diplôme par un titre académique. Je pensais, d’ailleurs faussement, que j’aurais ainsi une « meilleure situation ». Erreur ! À l’époque l’industrie, dans sa grande majorité, ne reconnaissait pas ce diplôme (et même aujourd’hui encore...). Mais n’ayant pas fait l’expérience, je n’ai pas eu à le regretter. En fait, le milieu de la recherche et de l’enseignement supérieur m’a conquis, du moins celui dans lequel je me suis retrouvé. J’y suis donc resté. Ainsi, j’ai pu, en grande liberté, choisir ma trajectoire et progresser, m’améliorer continûment. Parti de la biophysique, je me suis ensuite consacré à la modélisation en biologie moléculaire, puis en écologie et au développement d’outils informatiques. J’ai sans doute, sans en avoir réelle conscience à l’époque, été l’un pionnier dans ces domaines et l’un des fondateurs, dans les années 1970, avec des collègues de mon laboratoire, de ce qu’on appelle aujourd’hui la bioinformatique. J’ai également contribué au développement de la modélisation et à son enseignement. Happé par les recherches sur l’environnement et la direction de programmes de recherche sous l’incitation du CNRS, début des années 1990, j’ai à nouveau infléchi ma trajectoire. Puis dans les années 2000, toujours grâce au CNRS, c’est l’aventure amazonienne et celle de la biodiversité qui m’a attiré, avec comme conséquence de me forcer à réfléchir sur les mécanismes intimes de la dynamique de cette biodiversité, de son origine, de son passé et de son avenir. De ce qui engendre ces variations entre les êtres vivants, sans laquelle cette diversité ne serait pas. Et peut-être même que la vie n’existerait tout simplement pas et nous ne serions pas là pour en parler. Variations, hasard, aléas, incertitudes, incomplétude, indécidabilité, autant de mots qui caractérisent notre monde, même celui très formel des mathématiques, bien loin des idéaux d’un cosmos bien organisé et prévisible, d’une construction intellectuelle parfaite, complètement déductible. Inversement ce monde n’est pas un universel chaos, un ordre existe tout en laissant au hasard une large place. Mais peut-être que ce monde existe précisément parce qu’il est ainsi, un subtil équilibre entre hasard et nécessité, entre ordre et désordre, entre variations et régulations... en tout cas nous devons faire avec et c’est... très stimulant. Du pain sur la planche pour l’avenir !

 

Tout au long de ces années, c’est aussi la découverte du monde de la nature et des humains, de l’Amérique, à l’Asie et à l’Afrique. Des natures diverses et sublimes, terrestres et maritimes. Le contact avec de multiples cultures, des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, des enfants qui m’ont souvent étonné par leur fraîcheur et leur intelligence. Des grandes différences, une grande variabilité, une grande diversité mais aussi des invariants dans les contacts humains, dans les aspirations et les espoirs des uns et des autres. Bien entendu le travail scientifique et l’expérience accumulée ont été en grande partie publiés dans des articles et des ouvrages. Les références des principaux sont listées dans ma «fiche personnelle». Ils sont téléchargeables (sauf les livres, car je n’en ai pas le droit). Un seul souhait, c’est que les lecteurs, s’ils les utilisent n’oublient pas de les citer ! Ils peuvent également communiquer avec moi via mon adresse électronique personnelle: alain.pave@me.com.

 

GCRAI_Rapport final.pdf
Document Adobe Acrobat [4.1 MB]
Debates about biodiversity (AP)-AT.pdf
Document Adobe Acrobat [7.0 MB]
A propos du débat Politiques Sciences - Sociétés
A propos du débat Politiques Sciences-So[...]
Document Adobe Acrobat [520.8 KB]
L'université française et la recherche.pdf
L'Université française et la recherche.p[...]
Document Adobe Acrobat [282.1 KB]
35 ans d'interdisciplinarité au CNRS
Interdisciplinarité au CNRS.pdf
Document Adobe Acrobat [1.3 MB]
Hasard, contingence, chaos...: un monde incertain
Un monde incertain - V010612.pdf
Document Adobe Acrobat [1.3 MB]
Pour une autre écologie 22-12-2012.pdf
Document Adobe Acrobat [123.4 KB]

Actualités

Site en ligne
Vous trouverez sur mon nouveau site Internet une présentation de mon parcours professionnel et quelques informations personnelles et ci-dessous mes principaux ouvrages. Des articles sont également téléchargeables (cf. fin de la page d'accueil et la page : choix de publications à télécharger), la plupart ont été publiés dans des revues, mais quelques récents, plutôt des articles d'opinion, sont accessibles aussi. Si vous vous en inspirez pour vos propres travaux, n'oubliez pas de les citez. Merci d'avance !